Seb autour du Monde
Impressions et images d'une année de voyages.

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Puisqu'il faut conclure, conseils à ceux qui veulent partir

                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     

 

PUISQU'IL FAUT CONCLURE

 

Voici déjà plusieurs mois que je suis rentré en Europe. Après un lent processus de réintégration dans notre monde occidental, que reste-t-il de cette année de voyages ? Voici mes impressions à froid, mes réflexions et les réponses qui me sont souvent posées au sujet de cette aventure.

Tout d'abord, je perçois parfois dans les questions qui me sont posées une envie, une frustration de ne pas être soi-même parti. Et je reconnais certains des freins qui étaient les miens avant de décider de partir : la peur de la solitude lorsque l'on part seul, l'absence des proches, la complexité illusoire de la préparation (je fais quoi de ma maison, ma voiture, ma télé, mon forfait internet...), l'aspect financier, la gestion du retour...

Le plus dur en fait fut de décider de ne plus me polluer avec toutes ces considérations et de décider de partir, fixer une date, rendre le projet ineluctable, concret. A partir de là, l'esprit se libère et les obstacles s'avèrent finalement faciles à franchir. 

  

Concrètement, j'ai décidé de partir 6 mois avant le départ effectif. En tant que salarié, j'ai utilisé le droit dont tout salarié français bénéficie, à savoir le congé sabbatique. C'est un choix à double tranchant : d'un côté, on se sent rassuré car un boulot nous attend au retour, d'un autre côté on rentre différent et il peut parfois s'avérer difficile de reprendre sa vie exactement là où on l'a laissée un an plus tôt. Je me rappelle cette phrase d'un vague collègue de travail le jour de mon retour : "dis donc, tu es tout bronzé, tu étais en vacances ?" Ce qui avait été pour moi un siècle d'aventures folles autour de la planète n'avait été pour lui qu'une succession de jours travaillés et de week-ends où toutes les années se ressemblent...foutue relativité du temps.

Premier acte fort : la lettre à l'employeur. Au minimum 3 mois avant de partir. Plus possible de reculer, le 1er octobre serait le premier jour d'une aventure dont je ne distinguais encore que les contours.

  

Deuxième série "d'obstacles" : les considérations matérielles. Pour financer mon année, j'avais la chance d'avoir mis de côté un petit trésor de guerre. Je n'ai jamais voulu tenir un budget précis de ce voyage ni faire des comptes au retour mais lorsqu'on me demande combien j'ai dépensé, j'évalue cela autour de 12 000 euros. Avec le bonus de ne pas payer d'impôts pendant l'année qui suit. Bien sûr, il ne faut pas que s'ajoute à cela des frais inutiles en France alors que vous êtes accroché à une liane au fond de la jungle de Sumatra. J'ai donc lâché mon appartement parisien, si difficilement trouvé et que j'aimais pourtant beaucoup. Je verrais au retour et finalement j'ai retrouvé encore mieux. Plus de voiture, plus de télé, plus d'ordi. Pour ces deux derniers, un coup du sort m'a aidé puisque l'on m'a tout volé au moment du départ. Et le plus fort c'est que je m'en foutais (sauf peut-être les photos perdues avec l'ordi). L'aventure commençait et valait tellement plus que quelques objets de notre monde moderne.

 

Autre "frein mental" : le fait de partir seul. Je ne l'avais jamais fait avant et je m'imaginais de longs mois, consignant mes impressions de voyageur dépressif, n'ayant pour seuls compagnons que des indigènes hostiles. Bon, j'exagère, ok. La solitude me convient aussi mais pas trop longtemps quand même. Alors pour me rassurer un peu, j'ai commencé par chercher des compagnons de route à travers divers forums de voyageurs. Mais j'ai finalement laissé tomber l'idée : je n'avais pas envie de faire des compromis sur mon itinéraire. En fait, je n'avais pas d'itinéraire, c'était là le noeud du problème pour un ou une éventuel(le) candidat(e). Alors je suis parti seul et je suis revenu riche de plein d'amis. Au-delà des quelques potes du pays qui m'ont retrouvé en divers points de mon voyage, j'ai rencontré un nombre incroyable de voyageurs et de locaux. Impossible de rester seul à moins d'être un associal avéré. Un sourire, trois mots et hop, on se retrouve à traverser la moitié d'un pays avec de parfaits inconnus pendant plusieurs semaines.

 

Où il est question de l'itinéraire : je l'ai abordé plus haut. Je n'avais pas d'itinéraire préétabli. Plusieurs écoles existent : le fameux billet tour du monde où l'on achète une série d'escales et ensuite on improvise entre chaque vol. Autre point de vue, l'hyper organisé qui a besoin de se rassurer : j'en ai rencontré et j'avoue que je fus impressionné. En deux mots, il faut acheter un billet tour du monde et ensuite décider jour après jour de ce que l'on va faire avec si possible réservation des hébergements, tout cela sur une année. Pas envie, pas le temps, je n'ai pas retenu ce mode de voyage. En fait, j'avais des idées de pays, des incontournables comme l'Inde et l'Indonésie mais aucun calendrier. Je voulais être totalement libre pour la première fois de mon existence. Alors j'ai acheté un aller simple pour Delhi et basta. La suite ne fut qu'improvisations au gré de mes humeurs, de ce que d'autres voyageurs me racontaient et de sollicitations d'amis comme lorsque je décidai sur un coup de tête de faire un vol Vientiane-Bangkok-Paris-Caraibes, d'enchainer sur l'Amérique Latine et de finalement revenir 3 mois plus tard en Asie... Bien sûr, cela a alourdit mon budget et certains diront que mon empreinte carbone fut fort mauvaise (compensée néanmoins par les milliers de bornes avalées dans des bus ou des bateaux pour éviter l'avion).

 

  

L'atterissage : pas facile de revenir, de reprendre sa place dans le tourbillon du monde occidental. Métro, boulot, dodo, un poncif me direz-vous mais tellement vrai quand on rentre. Une vraie gifle en fait. Alors oui, je me suis longtemps levé chaque matin en me disant que j'allais repartir aussitôt et puis petit à petit j'ai réapprivoisé la vie d'ici. Mais avec une lucidité que je n'avais pas avant de partir. Car c'est sans doute cela que je retiens de cette année. Plus qu'un voyage au bout du monde à la rencontre de l'autre, c'est à sa propre rencontre que l'on part. C'est dans les plans galères, les émerveillements, les rencontres étranges, les peurs et les moments de réflexion que ces 360 jours de liberté permettent que l'on apprend finalement beaucoup sur soi-même. Et que l'on prend du recul sur ce que l'on vit ici, le bonheur mesquin n'est plus permis. Je l'ai déjà dit, on revient moins riche de cette thune qui tient notre monde par le bout du nez mais tellement plus riche de ce que les autres, ceux du bout du monde nous ont enseigné. Un vieil Indien de Calcutta m'a dit un jour : "vivre trois mois en Inde valent plusieurs années d'études pour un jeune occidental". Je dirais, à condition de ne pas se perdre dans les paradis artificiels qu'il avait totalement raison.

 

Alors, si cette idée de voyage au long cours vous trotte dans la tête mais que vous pensez le projet irréalisable, oubliez vos craintes et les fausses raisons qui vous retiennent encore : allez-y, c'est la plus belle aventure qu'il m'ait été donné de vivre. Ah,si seulement la Sécu pouvait rembourser les voyages de ce genre....

 

 



Publié à 17:49, le 5/02/2009,
Mots clefs : partir seulsabbatiquetour du monde
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Introduction

                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     


Népal ->
  
avec mon fidèle compagnon, le sac à dos
Entre octobre 2007 et septembre 2008, j'ai lâché mon boulot, abandonné mon quotidien, oublié mon confort occidental et quitté la France pour arpenter les chemins de la planète. Je réalisais un rêve de gosse : partir au bout du monde, à la rencontre de terres et de peuples lointains, armé de mon seul sac à dos.
Ce fut, tout d'abord, un trek au Népal, sur les pentes de la formidable muraille de l'Himalaya. Je plongeai ensuite dans la multitude démente et mystique de l'Inde. Suivirent la Thaïlande et enfin le Laos , véritable diamant enchâssé au cœur de la péninsule indochinoise.
carte Amérique du SudPuis, faisant fi de toute logique géographique, je m'envolai pour les Caraïbes.
Là-bas m'attendait un voilier plein d'amis. Le vent devait nous pousser jusqu'à l'archipel des îles Vierges . De là, je sautai dans un avion pour le Costa Rica . Enfin, vinrent l'Argentine , la Bolivie et le Pérou . 
C'est alors que, désireux de retourner en Asie, je pris un vol vers Kuala Lumpur .
carte AsieDe là, il ne me restait plus qu'à descendre au rythme indolent du train et du bateau vers Sumatra, première étape de mon séjour en Indonésie .
Je devais passer deux mois dans cet archipel infini, cette galaxie d'îles qui s’étire depuis les côtes du continent asiatique vers les rivages de la lointaine Australie.
   
     
Voici donc, en regard d'extraits de mon journal de bord, une collection de clichés, souvenirs de ces pays et de leurs habitants.
Vous pouvez soit lire les chapitres de manière chronologique soit y accéder directement en cliquant dans la liste suivante :
Nepal, le routard sur le Toit... du Monde
Inde, premiers pas dans le tourbillon : Delhi, Rajasthan
Inde, échappée dans le désert du Thar, sur les traces du Temple d'Or
Du Pakistan au Bangladesh, en chemin pour Vârânâsi, là où vit la mort
Thailande, pause cocotiers
Laos, sourires au fil du Mékong
A la recherche du Laos perdu
Les Iles Vierges, cap à l'Ouest !
Pura Vida en Costa Rica
Argentine : Patagonie, le bout du Monde
Buenos Aires
Argentine et Bolivie : sur l'Altiplano pour un rallye en plein ciel
Bolivie, Potosi, dans les entrailles de l'enfer
Bolivie : des franges de l'Amazonie à la Paz
Bolivie, le Lac Titicaca, berceau du Soleil
La Vallée Sacrée : c'est le Pérou !
Pérou, en marche vers le Machu Picchu
Malaisie, retour en Asie
Sumatra, émotions et terreurs primitives
Indonésie, la Javanaise
Indonésie : Bali, Lombok, Florès, poussières de rêve sur l'océan 

  



Publié à 15:24, le 30/09/2008, Paris
Mots clefs : voyage autour du mondecosta rica
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Nepal, le routard sur le Toit... du Monde


 
                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     


 

<- Introduction
Inde, premiers pas ->

 

Le Népal, petit royaume perché sur les plus hautes montagnes du monde, David des cimes cerné par deux Goliath, l'Inde et la Chine.

femme de la tribu TamangAu moment où je m'enfonce dans la région isolée du Manaslu, aux confins duTibet, le pays vit ses derniers mois de monarchie, la guerre civile qui déchire le Népal depuis quinze ans va en effet bientôt s'achever et l'année 2008 verra le Roi abdiquer.  

 

C'est en compagnie de mes amis Roman et Fred que je pars à la découverte du massif du Manaslu. Ils étaient déjà mes complices lors de mon premier voyage au Népal, quatre ans plus tôt et c'est avec bonheur que je les retrouve ici pour une autre aventure.  Nous voici donc de retour àKatmandou. 4 ans déjà et pourtant la ville nous semble si familière. Les téléphones mobiles sont certes plus nombreux et les costumes traditionnels disparaissent au profit du jean et des lunettes de star. Nous rencontrons Isu, notre guide. Il est originaire de la région du Kholu Sombu, près de l'Everest. Il rêve de devenir guide d'alpinisme pour conquérir les 8000. Pour nous ce sera un 5000 et c'est déjà pas mal !  

Nous quittons rapidement Katmandou pour Gorkha, dans le Nord-Ouest du pays. Ici s'achèvent la route et le monde civilisé, il nous faut à présent marcher. C'est le début de trois semaines de voyage vers les cimes et dans le temps. 

une femme gurung trie le rizChanaute, 6 novembre.  Premiers sourires, premiers "Namasté ! " (bonjour en népali) qui claquent dans la bouche des enfants.

La campagne, dans ces contreforts de l'Himalaya, est superbe. Nous progressons entre 800 et 1200 m d'altitude. Ici règnent les cultures du millet et du riz. Les paysans battent le grain. Plus loin, un bœuf lourdement harnaché tire sur le soc et dessine derrière lui un long sillon dans la terre.

Après avoir déjeuné sous un vieil arbre à l’ombre généreuse, nous partons nager dans la rivière sous les regards à la fois médusés et inquiets de nos amis népalais. Aucun d’entre eux ne sait en effet nager.

Ce même jour, nous croiserons les membres de la guérilla maoïste. Ils nous réclament le paiement de l'impôt révolutionnaire. Ce sera la première de nos nombreuses "donations".

fillette gurungLe lendemain, nous partons revêtus des t-shirts qu'Isu a imprimés à notre attention "Sebastien Team Manaslu". Uneascension éprouvante nous attend pour gagner la zone des 2000 m. Le soir venu, nous dormons dans une classe de l'école du village. Quelques bières plus tard, nous voici au milieu de la Woman Community. Toutes les femmes du village sont venues pour danser en notre honneur car nous ne manquerons pas de verser une généreuse donation pour l'installation de l'eau potable au village. Chants et tambours résonnent sous le ciel piqueté d'étoiles. Nous finirons au milieu de la piste à danser sur des chants traditionnels. Soirée magique...

 

 

jeunes gurungsLe jour suivant, les Namas et les sourires sont radieux lorsque nous quittons le village.

Mais nous voici bientôt bloqués par un gros orage dans un bourg nommé Barpak, à 2500 m.

Nous nous réfugions alors dans la pièce à vivre d'une famille où nous jouerons aux cartes et déjeunerons.

Avec le retour du soleil, nous reprenons notre route. C'est l'occasion pour Fred d'échanger son sac à dos avec lahotte en osier d'une grand-mère et de la porter à la mode népalaise, à savoir sanglée au niveau du front. C'est l'hilarité générale, un Européen qui porte comme un Népalais, du jamais vu. Un peu plus loin, je tente à mon tour l'expérience sous les rires d'un groupe de jeunes filles qui proposent de m'épouser toutes les quatre. La polygamie serait-elle légale au Népal ? 

         

famille tibétaineVendredi 9 novembre:

Longue descente vers les gorges de la Buri Gandakhi que nous suivrons ensuite plusieurs jours.

En chemin nous croisons un garçonnet sévèrement blessé au pied depuis trois jours. Il attendait depuis lors que des voyageurs munis d'une trousse de secours passent par son village. Isu tente de désinfecter la plaie mais la blessure est trop profonde et la gangrène menace. Nous finissons par laisser à sa mère, une réfugiée tibétaine misérable, de quoi emmener son fils au dispensaire, à deux jours de marche d'ici.

Nous ne saurons jamais si elle l'a fait ou a préféré garder l'argent pour d'autres dépenses. Cette deuxième option est probable car elle a pû penser que son fils finirait bien par guérir tout seul... 

           

pont suspenduLe lendemain matin, nous progressons le long de la rivière. Après le déjeuner, nous tombons sur un couple en pleine querelle. Ils sont visiblement imbibés d'alcool. L'homme tape sur sa femme à grands coups de bambou et je suis obligé de lui confisquer son arme alors que notre guide entraîne sa femme plus loin. Nous sommes en pleine fête religieuse de Tihar et il semble qu'à cette occasion les gens, notamment les Gurungs, s'adonnent à la boisson plus que de raison... un autre Népal !  

          

Namrung, 12 novembre. Nous sommes de retour dans la zone des 2500 m. Ici alternent forêts et cultures.

Le groupe s'effiloche sur le chemin et je me retrouve seul une grande partie de la matinée. Je décide de faire une pause et m'assoie dans les herbes pour contempler les premiers sommets enneigés qui nous séparent du Tibet. Soudain surgissent un grand-père et son petit fils. Ils s’installent près de moi et nous discutons tranquillement au soleil. Nos échanges sont faits de peu : gestes, bribes de népali et sourires.

            

Plus tard, alors que nous avons atteint notre étape du soir, Fred et moi-même nous voyons invités à partager une prière de purification dans la maison d'une famille tibétaine. Instant surréaliste : un lama et son jeune moine psalmodient des prières bouddhistes. Au même instant, le propriétaire des lieux se saisit d'une épée, d'un fouet et se coiffe d'un étrange casque médiéval. Il semble très fier de son accoutrement. Il danse un instant au milieu de la pièce puis sort soudain achever son rite autour d'un grand feu de sapin. Nous restons assis sur le plancher crasseux pendant que son épouse nous sert du raksi, un alcool local et nous jette de la tsam-pa (farine) sur les cheveux et les épaules. 

             

jeunes moines bouddhistesLe jour suivant, nous visitons un monastère où étudient de jeunes moines bouddhistes. Puis nous décidons de prendre un raccourci que certains locaux considèrent comme plus rapide. Nous sommes seuls avec notre guide, le reste de l'équipe prend le chemin normal. Nous aurions dû faire comme eux !

Nous mettrons finalement trois heures là où 1h30 suffisait par la voie classique !

Chemin impraticable, glissements de terrain avec à pic vertigineux en contrebas... l'ambiance est tendue et nous retrouverons le campement épuisés. Ce soir, il neige, nous sommes à 3300 m. Dans la tente, je dors à peine, transi de froid. Roman nous dira le lendemain qu'il a crû mourir de froid.  

           

massif du ManasluJeudi 14 novembre : Nous sommes à présent à Samdo, 3850 m. Après la traversée de Sama Gaon, gros village tibétain que nous surnommons la Venise des Himalayas à cause de son canal central. Nous avons pris la route du Tibet. De superbescaravanes de yacks chargés de bois partagent le chemin avec nous. Le paysage est extraordinaire. Autour de nous s'élèvent les 7000 et les 8000Le Manaslu domine l'ensemble de sa masse imposante. Le temps est superbe, tout va bien ! Ce soir je me fais une petite toilette, une fois tous les 3 jours ça suffit amplement ! Le froid ambiant me fait penser que le prochain baquet d'eau est loin. 

           

 

porte tibétaine sur la route des caravanes

 

Vendredi 16 novembre.  Journée de repos et d'acclimatation. Nous devons forcer notre organisme à produire des globules rouges en quantité pour mieux vivre l'ascension du surlendemain. Nos amis népalais nous embarquent pour une ballade de santé sur un pic à près de 5000 m. La journée de repos se transforme en épreuve physique. Mais tout cela se conclue par une belle soirée au coin du feu avec la famille tibétaine qui nous héberge. Après une bonne nuit de repos, nous prenons le chemin qui mène à Darhamsala, le camp de base du Larkya, à 4400 m d'altitude. La respiration est difficile mais globalement tout va bien. Ce soir, sous la tente, je dors avec 5 couches de vêtements, un passe-montagne et de grosse chaussettes en laine achetées en Islande l'été dernier et que je chéris chaque nuit dans ce froid polaire !  

                   

au sommet du Larkya La, 5200m18 novembre. Camp de base, 4400 m, 4h du matin. Le soleil n'est pas encore levé. Un froid mordant me saisit lorsque je m’extirpe de la tente. Une tasse de fer blanc fumante m’attend. Le thé me brûle les entrailles. Nous devons atteindre le sommet du Larkya avant que le vent ne se lève. Débute donc une longue progression de trois heures dans la neige. Je marche très lentement afin de retarder les symptômes du maldes montagnes. Roman est pleine forme et ouvre la marche. Fred et notre Sherpa cheminent avec moi. Le Larkya est vaincu à 9 heures 30. Le paysage est fantastique, autour de nous se dressent les géants de pierre et de glace. Nous sommes à 5200 mètres d’altitude et je sens le mal de tête me gagner, il est temps de repartir. Nous descendons sur le versant ouest a présent. Neige et plaques de glace rendent la progression parfois périlleuse. Puis, plus bas, ce sont d’interminables éboulis qui achèveront de nous briser les genoux. Nous atteindrons notre campement en fin d’après-midi, à la fois épuisés et heureux d'avoir "vaincu" le Larkya. Ce soir, notre cuistot nous confectionne un gâteau au chocolat pour fêter l'évènement ! 

           

enfants tibétains

Après une nuit réparatrice, nous entamons le retour progressif vers des altitudes plus clémentes.

Nous repassons sous la barre des 3000 et retrouvons les forêts.

Ce soir sera l'occasion d'une belle veillée dans une maison de Tilje. Autour du feu avec notre équipe, nous buvons du chang (bière maison) et mangeons des morceaux de yack grillé que la Didi (la grande sœur ou patronne) nous découpe à même le sol, sur une carcasse sans doute abattue depuis un bon moment.

Peu importe, nous nous régalons et la crasse ambiante ne nous gêne plus. Nous préférons désormais manger par terre et si possible avec nos doigts, il est temps que nous retrouvions la civilisation !  

                      

soirée d'adieuxAprès plusieurs jours de descente, nous voici revenus en zone tropicale. Nous passons notre dernière soirée avec l'équipe. Ce soir, chang et raksi pour tout le monde ! Nos porteurs chantent et dansent autour du feu et nous nous joignons à eux. On nous sert un repas amélioré composé de dal bat (riz et lentilles) avec viandes et épices. Nous donnons à chacun le traditionnel pourboire puis Roman fait un petit discours de remerciement et je conclue par quelques phrases en népali. Nous nous couchons effroyablement tard, il est au moins 23h30 !Demain, nous prenons le bus de retour vers Katmandou où j'aurai le plaisir de boire un verre avec Saru, étudiante népalaise rencontrée à Paris l'hiver dernier et qui est depuis rentrée au Népal.  

 

C'est déjà la fin de notre trek aux confins du Tibet et du Népal. Roman et Fred vont bientôt repartir en Europe et je vais débuter de nouvelles aventures en Inde, mon voyage en solitaire va commencer.

 



Publié à 10:16, le 29/09/2008, Manaslu
Mots clefs : trekking
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Inde, premiers pas dans le tourbillon : Delhi, Rajasthan


                COULEURS  

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RENCONTRES              

     


 

<- Népal
Inde, désert du Thar et Pendjab ->

 

 

J'ai quitté le Népal. Adieu les hautes terres désertiques du plateau tibétain, adieu la sérénité des grands espaces du toit du Monde.

Me voici à présent en Inde, fourmilière de plus de un milliard d'habitants. Au moment où je pose les pieds sur la terre indienne, le pays connaît la croissance économique la plus rapide de son histoire. Mais plus de 300 Millions d'Indiens vivent encore dans la mire la plus choquante qu'il m'ait été donné de voir.Je retiendrai de mon séjour ici ce vacarme permanent, cette explosion de couleurs et d’odeurs, ces vaches qui bloquent la circulation, une saleté parfois repoussante, une foule inimaginable et des rencontres étranges, parfois mystiques comme seul ce pays peut en livrer. L'Inde est un tourbillon hallucinant auquel on oppose au début ses valeurs occidentales puis dans lequel on se laisse aspirer progressivement pour mieux apprécier la folie de ce pays semblable à nul autre.          

             

vache et orduresDelhi, 25 novembre Je m'éveille seul dans une chambre d'hôtel miteuse. Les cris des gens, les meuglements des vaches sacrées et le vacarme de la circulation sont déjà à leur comble. Hier soir, j'ai partagé mon dernier dîner avec Roman et Fred dans un restaurant branché de New Delhi. Ce fut une dernière touche de confort avant de plonger dans le grand bain et de dire au revoir à mes amis.

     

Un ventilateur antédiluvien s’agrippe miraculeusement au plafond et je me résigne à ne pas l'utiliser pour m'épargner son insupportable bourdonnement. Une fenêtre aux rideaux poisseux donne sur la ruelle encombrée de détritus. Je décide de passer le moins de temps possible dans cette suite royale et je pars à la découverte du chaos qui m'entoure. Dans la rue, mendiants et lépreux m'agrippent alors que j'enjambe des monceaux d'ordure. Je suis perplexe et me demande un peu ce que je fais ici. Je passerai deux jours à Delhi, le temps de trouver un billet de train, le temps de digérer ce premier choc. 

            

couleurs du Rajasthan, PushkarMardi 27 novembre, 6 h du matin :

Je prends place dans le Shatabdi Express qui n'a d'express que le nom, 5 heures pour faire 400 bornes.

Le voyage s'avérera être un très bon moment, je suis de bonne humeur, content de quitter Delhi et mon voisin est un personnage passionnant. Je discute ainsi pendant la plus grande partie du voyage avec un vieux monsieur de 85 ans.

Originaire du Pendjab, il m'explique avoir fuit sa région natale au moment de la séparation Pakistan-Inde en 1947. Puis nous discutons religion, philosophie, sens de la vie. L'Inde réserve des instants parfois surprenants. Parvenus à Jaipur, nous nous quittons meilleurs amis du monde sur le quai de la gare.

Je décide de me rendre dans le quartier des hôtels à pied pour mieux prendre la température de la ville que je m'apprête à découvrir. Jaipur est une ville moyenne à l'échelle indienne mais abrite tout de même 2 millions de personnes. Ce n'est pas encore ici que je trouverai la sérénité ! Mais les chameaux, les éléphants, les saris multicolores et les hommes enturbannés donnent le signal d'une Inde plus authentique.

                    

entrée de palais, JaipurJe me suis installé dans une pension de famille. Le patron est un personnage surréaliste.

Alors qu'il me fait visiter ma chambre, je le surprends en train de renifler les murs de ciment à plusieurs reprises. Au début, je pense qu'il vérifie si le ciment est sec mais depuis, je suis convaincu qu'il est atteint d'un toc... je me retiens donc de rire à chaque fois que je le croise !

Cet après-midi, je visite un fort qui surplombe la cité en compagnie d'une Belge et d'une Polonaise rencontrées au moment du déjeuner et qui partent pour Bénarès ce soir.

Le lendemain matin, après un bon lassi (boisson à base de yaourt), je pars à la découverte de Jaipur.

Première épreuve, traverser les "avenues". C'est une vraie corrida entrerickshaws à moteur (mobylettes trafiquées avec une banquette couverte à l'arrière), rickshaws à pédale, motos, bus, voitures et dromadaires. Mais on finit par aimer.


marchande de fruits, JaipurJe vais tout d'abord faire le tour des monuments phares de la vieille ville, le palais de machin, l'observatoire du maharadjahmachin, le minaret de machin et pour finir le palais du Maharadjah actuel, un certain Machin Singh II. C'est superbe, comme dans les contes des Mille et Une nuits.    Je finis par faire une indigestion de groupes de voyageurs organisés et je décide de revenir dans les rues grouillantes de Jaipur. Et là c'est le drame ! J'ai faim ! Pas un MacDo, pas un Paul à l'horizon pour m'envoyer un bon vieux mixte jambon emmental ! Je me résous donc a manger comme les locaux. Les Indiens adorent manger toutes sortes de choses frites dans l'huile. Les vendeurs sont installés sur le bord de la route et proposent toutes sortes de boulettes, samosas et autres beignets inconnus. J'en choisis un dont l'huile semble avoir été changée depuis moins de 2 ans, garantie de fraîcheur absolue et je désigne un truc au hasard.  C'est parti, je mange mon premier pakoda frit avec une sauce tellement épicée qu'elle doit tuer a coup sûr tous les germes. Et c'est bon ! Et ce déjeuner royal ne me coûte que la modique somme de 10 centimes !    

   

rues de Jaipur, la roseJe vais ensuite me perdre dans le bazar.

Ici, un barbier taille la moustache de son client sur le trottoir. Là, une vache broute dans un tas d'ordures.

Plus loin, un homme sans jambes bondit sur ses seules mains au milieu de la folle circulation.

Il se passe mille choses autour de moi et je peine à enregistrer ce flot d'images. Que les rues de Paris me sembleront calmes après tout cela !

Je m'engouffre dans une ruelle adjacente. On me dévisage avec curiosité, ce n'est visiblement pas un quartier touristique. Les enfants me saluent et certains tiennent à me serrer la main. Un Indien me prend en photo. Les gens sont aussi curieux de moi que je le suis d'eux. Je réclame 50 roupies pour la photo, ce qui fait rire tout le monde. J'ai peut-être trouvé là un bon moyen de financer mon voyage !

 



Publié à 05:58, le 28/09/2008, Jaipur
Mots clefs :
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Inde, échappée dans le désert du Thar, sur les traces du Temple d'Or

 

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RENCONTRES              

     

 

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Jodhpur, la bleueJaisalmer, 7 décembre. Cela fait à présent plus d'un mois que je navigue au coeur du sous-continent indien et il me semble que cela fait une éternité. Le temps est élastique en Inde et l'on y perd rapidement la notion de jour et de date.

Après Jaipur, la capitale du Rajasthan, j'ai donc pris la direction de Pushkar, ville bâtie autour d'un lac sacré où se retrouvent à la fois pèlerins hindous et hippies en quête de spiritualité et d'herbe magique.

 

 

 

 

 

 

 

 


Puis, ce fut Udaipur, célèbre pour son lac et ses palais. 

Ensuite, sont venues Jodhpur, la ville bleue dominée par une forteresse de pierre et enfin Jaisalmer et Bîkaner, cités poussiéreuses aux portes du désert du Thar.


                   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

chameliersC'est dans ce désert, en compagnie de Khan et de Ramada, chameliers et anciens contrebandiers d'armes, que je pars goûter le silence de l'océan de sable.

Je découvre le plaisir de diriger seul mon nouvel ami, Mister Laloo, un splendide dromadaire et de tenter de le mener au galop au milieu des dunes. 

Le soir venu, mes compagnons entonnent les chants des nomades du sert.

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

avec Khan, le prince du désertUne nuit sous les étoiles s'achève. Je m'éveille à l'odeur du thé aux épices qui cuit doucement sur le feu. La deuxième journée nous amène près de la frontière du Pakistan.

Le silence est soudain troublé par de puissantes explosions. Il s'agit de bombes que l'armée fait exploser, en guise d'entraînement mais aussi pour impressionner l'ennemi pakistanais tout proche.

Nous prenons doucement le chemin de Jaisalmer. Khan m'explique qu'il a 4 frères plus jeunes et qu'il est le seul à travailler pour nourrir ses parents,  ses frères ainsi que sa femme et ses deux enfants. Il ne rentre chez lui que deux fois par an pour économiser le plus possible mais me dit aimer cette liberté et cette vie dans le désert.

           

      

Le taureau libre, entre mythe et réalité :

Jaisalmer, forteresse couleur sable plantée en plein désert. Je discute avec Shakh, commerçant avisé et cultivé. Après avoir en vain tenté de me vendre toutes ses babioles, il me prend en amitié (ou espère me convaincre plus tard de me fourguer sa marchandise) et m'invite à boire le thé. La conversation prend une tournure familière et il me raconte quelques traditions du pays peu connues des étrangers :

transport de l'eauParfois, un jeune garçon est célébré par les prêtres comme un saint, un lien entre les dieux et les hommes. On l'appelle ''le taureau libre''. Dès la puberté, il peut aller de maison en maison, jour et nuit et manger, boire à l'œil. Il peut aussi avoir des relations avec les femmes des maisons qu'il visite. C'est pour elles un honneur. Quant aux époux, ils doivent alors lui laisser leur foyer pour la nuit. Cette vie de patachon a toutefois un prix. Parvenu à l'âge de 21 ans et lorsque la lune et les astres sont favorables, les prêtres tranchent la tête du jeune homme. Son corps est ensuite découpé en morceaux qui sont distribués aux habitants afin qu'ils puissent les vénérer.Cette tradition est aujourd’hui officiellement interdite en Inde (tout comme celle du Sati ou le fait pour une veuve de se suicider dans le brasier où se consume le corps de son époux décédé). Mais mon hôte garde un sourire énigmatique lorsque je lui demande si certains bravent l'interdit.

 

                                               

temple des rats Le Temple des Rats :

A quelques kilomètres de Bîkaner, au nord du Rajasthan, se trouve la ville de Deshnok. Là-bas, on peut admirer un temple, le Karnati, dans lequel vivent des centaines de rats vénérés par les fidèles. Je marche ainsi, pieds nus, au milieu des rats qui se pressent autour de jattes remplies de lait et d'offrandes. Il est de bon augure de voir un rat passer sur son pied, j'aurai cette chance.

  

                           

Après les rats, les vaches :

Elles sont partout et souillent de leurs bouses toutes les rues du pays. Elles peuvent bloquer la circulation, vous courser sans raison dans une ruelle ou tenter d'entrer dans une maison. Parfois, la tentation est grande de les taper pour qu'elles me laissent passer. Mais je m'abstiens depuis que l'on ma dit que six intouchables avaient été pendus par une foule en délire. Ils auraient tué une vache.        

            

                               

rues d'AmritsarJe pars à présent pour le Punjab et Amritsar. Pour cela, il m'a fallu repasser par Delhi - ville dont je gardais un souvenir exécrable. Le tableau est effectivement le même lorsque je descends du train à 5h du matin, saleté, bordel et vacarme. Mais cette fois-ci, je vis la chose beaucoup plus sereinement. Près de trois semaines se sont écoulées et je commence à me sentir "presque" chez moi. Je suis en compagnie de Penny et Nadja, néo-zélandaise et anglaise, rencontrées a Jaisalmer. Nos chemins vont se séparer ici avec une soirée cinéma bollywood pendant laquelle elles se pâmeront devant le beau Shah Rukh Khan, la nouvelle star du cinéma indien.

   

        

             

 

pélerin, templed 'or

Après cette étape à Delhi, me voici donc à présent dans le Punjab, à Amritsar, capitale religieuse des Sikhs.

La raison essentielle de ma venue ici est le Temple d'Or et je ne suis pas déçu ! L'endroit est d'une beauté indescriptible et l'atmosphère d'une sérénité étonnante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le Temple d'OrImaginez-vous quitter un instant les ruelles bruyantes de la ville.  Vous traversez, pieds nus, un bassin d'eau purificatrice (certains fidèles portent l'eau du bassin à leur bouche... je ne le ferai pas !) Puis vous franchissez un porche et débouchez au cœur d'un immense palais. En son centre, encadré d'arcades d'un blanc éclatant, un lac. Posé sur ce lac apparaît le Temple d'Or, nombril de la Foi Sikh. Ses murs couverts d'or brillent au soleil alors que des centaines de fidèles s'avancent en procession sur une musique lancinante.

                  

 

 

 

          

 

femme Sikh

Adeptes d'une religion originale et méconnue, les sikhs vivent, pour leur grande majorité, en Inde dans le Pendjab, l'Haryana et l'Etat de Delhi, mais on en rencontre dans de nombreux pays occidentaux.

Les hommes sont reconnaissables au turban dans lequel ils disposent avec précaution leur chevelure, qu'ils ne coupent jamais, tout comme leur barbe.

Bien que sous certains aspects similaire à ces deux religions, la doctrine sikhe est plus qu’une simple tentative de conciliation entre islam et hindouisme.

S'il est possible que le premier gourou, qui vivait en pays hindou, ait effectué un voyage à La Mecque, cela ne signifie pourtant pas qu'il ait voulu établir une voie moyenne entre les deux religions.

 

soleil couchant, temple d'orL'une des différences fondamentales entre sikhs et hindous consiste en ce que les sikhs ne demandent pas à leurs disciples de se retirer du monde pour venir vivre et méditer dans unashram. Les sikhs, par ailleurs, même s'ils n'ont qu'imparfaitement aboli le système de castes, proclament l'égalité entre l'homme et la femme. De plus, ils croient à la possibilité pour chacun, quelle que soit la caste dont il est issu, de parvenir à la libération, c'est-à-dire d'échapper au cycle des réincarnations, ce qui est en contradiction fondamentale avec l'hindouisme.

       

    

                      

La frontière pakistanaise : 

A 30 km d'Amritsar se trouve le seul passage terrestre possible entre les deux frères ennemis. Je me rends donc là-bas pour assister à la fermeture quotidienne de la frontière. A cette occasion, les deux armées s'affrontent dans une sorte de comédie sur fond de slogans nationalistes alors que des foules de Pakistanais et d'Indiens massés de chaque côté des deux frontières rivalisent de clameurs.                             

le lac sacré, temple d'OrJe suis à la fois mal à l'aise devant tant de ferveur nationaliste et amusé par l'aspect comique de ces soldats qui se défient du regard, bombent le torse, claquent des bottes et ferment violemment les vantaux du portail qui sépare les deux pays. J'ai parfois envie de rire car ils en font vraiment trop. Les centaines d'Indiens autour de moi sont aux anges et l'ambiance est finalement plutôt bon enfant malgré l'histoire tragique qui sépare les deux nations. 

 



Publié à 12:53, le 27/09/2008, Amritsar
Mots clefs : Thartemple d'or
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Du Pakistan au Bangladesh, en chemin pour Vârânâsi, là où vit la mort

 

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En train, d'Amritsar à Vârâna :

Le train est un élément majeur de tout voyage en Inde. On peut voyager en classe sleeper (la moins chère), 3ème, 2ème et 1ère classe. Je voyagerai pour ma part le plus souvent en 3ème, un minimum de confort pour un prix imbattable.

 

 

en gare de TundlaLa durée des voyages, mon record sera de vingt heures, permet de lier connaissance. Je me retrouve ainsi souvent à converser avec des familles indiennes. A bord, on peut manger un thali: riz, pommes de terre, épices et galettes de blé pour éteindre le feu des épices. Il n'y a pas de compartiments fermés, ni rideaux mais juste un long couloir ou s'étagent des dizaines decouchettes. Les nuits à bord sont rythmées par le bruit régulier des rails, les pleurs des enfants et les ronflements des adultes. Dans la pénombre, rats et cafards s'affairent silencieusement le long des couchettes.

Les gares sont quant à elles de fantastiques endroits pour observer la vie quotidienne des Indiens. Beaucoup vivent ici, installant leurs lits le long des quais à la nuit tombée. Chiens errants et cochons complètent le tableau. Mon train s'ébranle à nouveau, demain je m'éveillerai à Vârânasî, la cité sacrée.

 

 

les berges du GangeVârânasî, 20 décembre.

La "plus grande salle de bains du monde" disent certains guides de voyage.

La ville la plus sacrée d'Inde et l'une des plus anciennes cités du monde, vieille de plus de 3000 ans. nasî, ou Bénarès, est un immense temple dédié à Shiva, le dieu du Temps et de la Mort, source de la création du monde. De ses cheveux coule le Gange.

Je parviens ici après 4 semaines de tribulations en Inde. C'est à mon sens un bon moyen d'apprécier réellement l'endroit car je suis à présent débarrassé de mes craintes et répulsions d'Européen. Vârânasî est en effet l'une des cités les plus sales et encombrées du pays.

   

 

 

 

                

vieil homme sur les ghatsC'est l'Inde millénaire qui vit ici : ruelles étroites où l'on se croise à peine entre vaches sacrées, bouses, détritus et foule colorée. Véritable labyrinthe dans lequel je me perdrai à plusieurs reprises.

Ici, un arbre pousse entre les pierres d'un temple délabré, là des singes s'élancent à l'assaut de façades lépreuses. Plus loin, une vieille femme ramasse une bouse et la pétrit à mains nues. Elle en fera une galette destinée à servir de combustible.

 

 

 

enfant sur les ghâtsAu détour d'une ruelle s'échappe en riant une ribambelle de gamins. Ils me lancent des "hello"  et me demandent de les prendre en photo.

Et quand la ruelle se fait rue, le grouillement s'amplifie. Vélos, motos, rickshaws se mêlent dans un chaos indescriptible. Tout déborde de vie et d'énergie et mes sens sont en alerte. La foule marche, marchande, crie, rote, rit, prie, pisse. Vieux sages, femmes en sari, mendiants, lépreux, écoliers, vieillards enturbannés et jeunes en jeans se pressent, se croisent.

Je passe en quelques secondes de l'odeur savoureuse de la cannelle et de la cardamone aux effluves écœurantes de l'urine pour être finalement happé par le fumet du pain qui cuit. 

Et puis soudain, je me retrouve sur les ghâts, berges du Gange bâties en escaliers, sur lesquels s'étale toute la vie et la mort des Indiens. Hommes et femmes y font leurs ablutions, se baignent, se lavent et lavent leur linge. Le sacré et le quotidien se mêlent dans les eaux troubles du fleuve.

                  


pélerins, rive gauche du GangeChaque soir, je me rends sur les bords du Gange pour assister à la Puja, la prière du crépuscule. Plusieurs prêtres se tiennent debout face au fleuve et enchaînent des rituels étranges dont la signification m'échappe.

Le tout se fait sur fond de chants et de tambours. Sur le fleuve se pressent des dizaines de barques où s'entassent les fidèles désireux de poser une bougie sur le fleuve en offrande aux dieux.

Bien que le sens de tout cela m'est étranger, la ferveur et l'atmosphère des lieux me fascine.

                        

 

le soleil se lève sur VaranasiLes crémations

Vârânasî est la ville où tout Hindou souhaite mourir car ici se trouve le pont entre le monde matériel et le monde spirituel. Mourir ici permet de mettre fin au cycle des réincarnations et atteindre le Moksha, étape ultime de tout esprit dans l'univers hindouiste. A toute heure du jour et de la nuit, on porte, à travers les ruelles de la ville, des brancards de bois sur lesquels sont hissés les corps des défunts. Parvenues sur les berges, les dépouilles sont tout d'abord immergées dans le fleuve puis mises à sécher pendant une heure. Pendant ce temps, les hommes de la famille se font raser la tête. Puis, tous les proches partent en barque sur le fleuve pour se purifierAu retour, on pose le corps sur un tas de bûches. Le fils aîné ou le grand frère va alors chercher le feu sacré de Shiva, un feu qui brûle sans interruption depuis 3000 ans, et embrase le bûcher. L'âme peut enfin se libérer.

Une épaisse fumée monte à présent sur les ghâts et le vent soulève les cendres chaudes qui retombent en neige sur mes épaules. Lorsque la crémation est achevée, le crâne est brisé d'un coup de maillet et les cendres sont recueillies dans un vase pour être versées dans le Gange.       

enfants, ruelles de VârânâsîMa dernière étape en terre indienne sera Calcutta. Ce nom éveillait en moi les images de la Cité de la Joie de Dominique Lapierre ou encore les bidonvilles où Mère Thérésa s'appliquait à soulager la misère humaine. L'oeuvre de Mère Thérésa est toujours vivante et les misérables sont encore légion dans cette mégalopole.

Mais je découvre aussi avec surprise un autre visage de Calcutta. Celui d'une ancienne capitale, celle de l'Empire des Indes Britanniques. Et c'est étonné que je flâne dans ce qui ressemble à un mélange de Londres et de Delhi. 

Je quitte l'Inde dans quelques heures. Ce pays m'aura particulièrement marqué. J'ai trouvé ici la merde et le jasmin mêlés. Comme bon nombre de voyageurs croisés ici, je ne sais pas si j'ai aimé ou détesté ce royaume des contrastes, cet enfer teinté de paradis. Je n'ai qu'une seule certitude, je reviendrai.

 



Publié à 08:51, le 26/09/2008,
Mots clefs : crémationsgangevaranasi
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Thailande, pause cocotiers


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Ko Tao, 6 janvier. 

La Thaïlande ne devait être qu'une courte étape sur la route du Laos mais la présence là-bas de mon ami Philippe m'a conduit à m'y arrêter une dizaine de jours. Après avoir quitte Calcutta, la tentaculaire cité bengali, me voici donc a l'aéroport de Bangkok. Impression de modernité, efficacité. Je garde toutefois encore mes habitudes de routard et décline les sollicitations des taxis pour partir à la recherche du bus public. Direction le centre-ville, Khao San, où Philou m'attend. La ville est hérissée de buildings, métros aériens et autoroutes qui se croisent dans un tourbillon vertigineux. L'explosion économique des années 90 a radicalement transformé Bangkok et je reconnais à peine la cité que j'avais visitée il y a plus de 15 ans.

 

 

J'ai donc retrouvé Philou à Bangkok où nous avons célébré Noël dans un bar perché sur une terrasse, au sommet d'un gratte ciel. Je n'ai que deux heures de décalage horaire avec Calcutta. Mais après la misère des cités indiennes, je me sens en décalage de plusieurs siècles. Je ne vais toutefois pas cracher dans la soupe, ou plutôt dans mon mojito.

                  

coucher de soleil sur Ko LantaCes deux semaines en Thaïlande seront donc placées sous le signe de la détente. Après Bangkok, nous ferons ainsi des sauts de puces entre les îles paradisiaques du sud. Prenez une plage de rêve, plantez-y des cocotiers et parsemez le tableau de  cabanes de robinson avec moustiquaire et ventilateur. Pour compléter le tout, ajoutez-y des coussins moelleux pour siroter un cocktail devant un coucher de soleil somptueux et vous aurez une idée des conditions épouvantables que j'ai dû y affronter. 

Nous débutons par Ko Lanta, le temps d'effectuer un trek à dos d'éléphant (un peu piège à touriste le trek avec Dumbo), louer une moto pour faire le tour de l'ile et enfin faire une randonnée au moment le plus chaud de la journée. Les Thais vous disent qu'il ne faut pas  mais il était de notre devoir d'entretenir cette image du touriste qui se comporte étrangement et qui achète à prix d'or des promenades à dos d'éléphant pour aller admirer les chutes d'eau les plus ridicules qu'il m'ait été donné de voir dans ma courte existence.

Apres ces folles aventures, nous avons mis le cap sur Ko Phi Phi pour y passer le réveillon de nouvel An. Entièrement détruit par le tsunami de 2004, le village principal a dores et déjà retrouvé ses airs de station balnéaire, même si certains endroits restent encore ravagés. Une ambiance de springbreak (les grosses fiestas étudiantes de nos amis yankees) permanente et des hordes de jeunes scandinaves enivrés y font la fête et cuvent au soleil. A nous donc les seaux de whisky thai et la fête sur le sable de Ko Phi Phi, au milieu de cette jeunesse décadente !

plage de Ko Phi PhiAprès Ko Phi Phi, nous retrouvons la péninsule thaïlandaise pour une traversée en bus vers la côte orientale. Là, nous embarquons à bord d'un vieux ferry en bois pour une traversée de nuit. Allongés sur des matelas disposés en rang d'oignon sur l'entrepont, nous dormons, bercés par le roulis de la houle qui se lève sur le Golfe du Siam. Le lendemain, nous voici à Ko Tao où nous mènerons aussi une vie très difficile entre plage, cocktails et plongée.

Il est bientôt temps pour nous de remonter vers Bangkok où Philippe doit prendre son avion pour l'Europe. Quant à moi, je pars acheter un ticket qui me permettra de rejoindre la frontière laotienne.

 

 



Publié à 08:41, le 25/09/2008, Bangkok
Mots clefs : ko taoko phi phi
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Laos, sourires au fil du Mékong

 

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Vientiane, 10 janvier. 
J'ai quitté Bangkok. Adieu Khao San et ton vacarme permanent, tes hordes de touristes, tes boutiques de contrefaçons et tes filles en quête de "sponsors". Les Thaïs l'appellent la Cité des Anges mais ça fait longtemps que les Démons ont gagné la partie ici ! 
carte laosVoici Udon Thani, une ville proche de la frontière laotienne où je rencontre Per, un Suédois venu passer trois jours au Laos pour renouveler son visa thaïlandais. Je découvre que le système est très répandu car les visas n'excèdent généralement pas 3 mois. Il faut donc ressortir régulièrement du pays, acheter un nouveau visa et revenir, papiers en règle, pour un nouveau trimestre. Ils sont nombreux ces Occidentaux qui vivent en Thaïlande,amourachés d'une jeune Thaï qui les déleste de leur fric en leur faisant croire qu'ils vivent le grand amour. Ce n'est pas le cas de mon ami Per qui est installé ici avec sa famille suédoise. Je fais donc route avec lui et il m'offre le bus puis le taxi qui nous mènent de l'autre côté de la frontière. "Note de frais" me rassure-t-il en souriant lorsque j'insiste pour payer. Ok ! Ca me va bien, je lui paierai une bière à Vientiane. 
        
 
   
parc des bouddhas, VientianeJe débute donc mon aventure au Laos par Vientiane, capitale aux allures de petite préfecture de province. Le pays que je m'apprête à découvrir est une terre encore préservée qui épouse les méandres du Mékong. Un peuple paisible et accueillant y vit au rythme de la nature et des décisions politiques de ses dirigeants, derniers représentants d'un communisme pur et dur. L'histoire n'a pas été tendre avec le Laos. Après le départ des colons français, le pays s'est rapidement vu devenir un terrain de combat lors de la guerre entre Vietnamiens et Américains. Baptisé "l'autre théâtre" par l'US Air Force, les bombardiers y déversaient secrètement leurs excès de bombes lorsqu'ils rentraient de mission. Les Viet Congs ne furent pas en reste et infiltrèrent massivement ses frontières. Malgré sa neutralité, le Laos fut le pays le plus bombardé pendant la guerre du Vietnam. Les nombreux fragments et restes de munitions encore collectés par la population en sont le témoignage vivace. 
       
le MékongJe m'installe au bord du Mékong, ce fleuve dont le nom m'a si souvent fait rêver. Le voici et je suis un peu déçu. Il faut dire que nous sommes loin de la saison des pluies à présent et qu'il est à moitié à sec. Je décide malgré tout de profiter du coucher de soleil sur ses berges et en profite pour me commander à manger dans une gargote. Je ne connais aucune des spécialités présentes sur l'étal mais les mouches ont l'air d'apprécier ! Sur le point de renoncer, la patronne me convainc d'essayer des brochettes de saucisses. Le soleil teinte le ciel de belles couleurs pourpres alors que mon cœur se soulève lorsque je croque mes saucisses. 
Quel est donc ce goût étrange ? Je me dis que ce doit être préparé à base de tripes... tripes de quoi me direz-vous ? Tout est possible ici, je le sais. Peut être du cochon mais je n'écarte pas l'hypothèse du rat ou du dhol (le chiensauvage). Je m'efforce de manger mais rend finalement les armes, l'aventure culinaire a assez duré ! Ce bel effort mérite bien une bière, aussi je vais m'offrir une bonne petite Beerlao en compagnie d'un Français qui lui aussi vient renouveler son visa. Propriétaire de plusieurs bars dans le Sud de la Thaïlande et présent là-bas depuis 20 ans, il me raconte plein d'anecdotes croustillantes tout en draguant les jeunes Laotiennes qui passent. Je finis par le trouver un peu lourd. Et j'ai l'estomac lourd lui aussi. Je m'éclipse donc pour aller rendre mes fameuses saucisses à Mère Nature. C'est parti pour deux jours de turista.
          

campagne laotienneToutefois, rien ne pourra m'empêcher d'aller déjeuner le lendemain matin au Croissant d'Or ! Baguette fraîche, croissant, vrai café... le bonheur après 3 mois en Asie ! Un peu de France pour soigner mon estomac défaillant, il n'y a rien de tel ! Puis, je m'offre un massage traditionnel et un sauna aux herbes dans un temple bouddhiste avant de croiser Per à qui j'offre enfin la bière promise. Suivra une deuxième nuit blanche, non pas que j'aille en boite, mais parce que je suis de plus en plus malade. Je me décide enfin à prendre des antibiotiques. Sitôt que la machine sera réparée, je décide de partir en direction du Nord, à la découverte du pays. Les médocs commençant à faire effet, je passe une dernière journée à Vientiane en compagnie de Crystal, une jeune Australienne un peu déjantée avec qui nous allons visiter un parc où des artistes ont laissé libre cours à leur imagination sur le thème de Bouddha. 
        
Demain, je pars pour Vang Vieng et la campagne laotienne. Au-delà de sa nature extraordinaire, le Laos abrite une des populations les plus souriantes et amicales d'Asie. Une atmosphère paisible semble régner ici depuis toujours même si l'histoire a laissé des blessures terribles sur une grande partie du pays.
jeune enfant laoAujourd'hui, le Laos est une Démocratie Populaire. On a donc ici un parti unique avec drapeaux rouges et faucilles et marteaux un peu partout, bref tout l'attirail des bonnes vieilles dictatures communistes. Nous sommes toutefois loin de l'oppression subie par les voisins birmans. Si tu ne ramènes pas trop ta fraise contre le Parti, on te laisse visiblement en paix et un capitalisme pragmatique est en train d'éclore, un peu à la manière chinoise. Ce n'est bien sur pas encore la liberté de penser totale. Et les vieux caciques, partisans de la ligne dure vietnamienne, ont encore beaucoup de poids. Mais on peut espérer que le pays s'ouvre progressivement, tout en gardant intacte sa nature et sa qualité de vie, exercice difficile. Pour l'anecdote, Le Laos est une ancienne colonie fraaise, de moindre importance que le Vietnam économiquement parlant, donc moins touchée par l'influence française mais quand même... un petit parfum de chez nous flotte encore ici de manière parfois surprenante. 
          
gare routière de Vientiane12 janvier. 
Me voici à la gare routière de Vientiane. Je viens de rater le bus de 9h30. Le prochain est à 10h30, je patienterai donc au milieu des vendeurs coiffés de chapeaux coniques. Lorsque le bus s'ébranle enfin, je me retrouve assis près d'une jeune Lao et de son fils. Elle ne supporte visiblement pas les transports et je la vois fermer les yeux et tenter de lutter contre la nausée. Le trajet sera ponctué de nombreux sacs en plastique qu'elle remplit puis jette par la fenêtre... sympa pour les éventuels piétons ou les motards qui suivraient le bus ! Pour alimenter d'autres nausées, elle s'empresse d'acheter toutes sortes de saloperies vendues le long de la route par les vendeurs qui s'accrochent aux fenêtres dès que le bus stoppe. Je sens que le voyage va être long... Mais nous voici bientôt bloqués par un accident. Le bus de 9h30 a percuté un camion et s'est renversé dans le fossé. Je suis finalement ravi de l'avoir raté ! Nous patienterons 2 heures avant que la police locale ne rétablisse la circulation. 
           
campagne autour de vang ViengVang Vieng, gros village bâti en bordure d'une rivière est encadré d'un paysagdmontagne extraordinaire. Je pense à la Baie d'Halong, sans la mer bien entendu. Si l'environnement est splendide, le bourg en lui-même n'a pas de charme. Victime consentante du tourisme, Vang Vieng a évolué en quelques années seulement d'un village endormi à une des destinations préférées des jeunes Australiens et Scandinaves en Asie du Sud-Est. Les raisons de leur présence ici sont la possibilité de faire ce qu'ils appellent du tubing, à savoir descendre la rivière sur de grosses chambres à air, fumer de l'opium, se bourrer la gueule pour pas cher et regarder les épisodes de Friends qui passent en boucle dans les bars du centre du village. Je décide de traverser la rivière sur le pont de bambou et de m'installer sur l'autre rive, plus calme et authentique. 
         
Me voici donc chez Maylin, une belle pension tenue par un Irlandais et une Laotienne. Je passerai ici quatre jours en compagnie d'autres routards, Khalil le Libanais, Rob le Néerlandais ainsi qu'un couple d'Allemands. L'ambiance est conviviale et tranquille. Elle ne sera perturbée que par les hurlements poussés par un Américain en pleine nuit. Vétéran de la guerre du Vietnam et un peu trop porté sur la bière et l'opium, il semble revivre chaque nuit sa guerre en cauchemar.
groupe d'enfants, village laoMes journées seront ponctuées de randonnées à pied dans les rizières où je m'efforce d'être le plus bruyant possible pour faire fuir les cobras. Pour varier les plaisirs, je pars à vélo, sur les pistes en terre, vers les villages plus reculés où les enfants me sourient et me lancent de tonitruants Sabbaydii ! (bonjour). Puis, armé d'une lampe torche, je m'enfonce dans l'une des nombreuses grottes locales où je finis par me perdre un moment avant de retrouver la sortie. Stupide, suis-je peut-être en manque de stress ? Enfin, la nature m'offre le spectacle extraordinaire de centaines de milliers de chauve-souris  s'échappant des grottes au crépuscule. Si nombreuses que l'ont entend le bruissement des milliers d'ailes lorsqu'elles traversent le ciel. Fourbu et la tête pleine de mes aventures, je passe ensuite de longues soirées à converser avec mes compagnons autour d'une beerlao bien fraîche avant de rejoindre mon bungalow de bambou perché sur pilotis et noyé au milieu des bananiers et des pamplemoussiers. Il n'y a pas de télé, pas de Friends ici, que les hululements des singes le soir, le coassement des grenouilles la nuit et le chant des coqs au petit matin. Bon, concernant ces derniers, j'avoue que s'ils ne se calment pas je vais bientôt me les farcir en sauce au vin !

 



Publié à 11:14, le 24/09/2008, Vientiane
Mots clefs : guerre du Vietnamsauna aux herbesvang viengnam hou
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A la recherche du Laos perdu

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détail de façade, templeLuang PrabangVoici une des étapes majeures de mon voyage en Asie avec Vârânasî, une de ces villes dont le nom me fait rêver depuis longtemps. 
La vieille cité de Luang Prabang, bâtie au confluent du Mékong et de la  Nam Khan, est une ancienne capitale royale. Ici se dressent des dizaines de temples et se mêlent les architectures lao et française. C'est la cité la mieux préservée d'Asie du Sud Est selon l'Unesco.
J'arrive ici après une journée de bus depuis Vang Vieng, à travers un paysage de montagnes et de jungles. La ville est effectivement très belle. Je me sens presque propulsé un siècle en arrière tant l'atmosphère de la vieille Indochine coloniale est prégnante.
Au milieu de la cité se dresse l'ancien palais d'où la famille royale a été expulsée par les Communistes lors de la Révolution de 1975. Morts de faim dans une grotte ou ils étaient maintenus prisonniers, leurs fantômes reviendraient ici chaque nuit. Les habitants de Luang Prabang ne s'aventurent jamais dans l'enceinte du palais après le coucher du soleil, par peur de croiser leurs esprits.
le soleil se couche sur le MékongLe Mékong est ici comme je le rêvais, large, couleur de boue, aux rives frangées de palmiers, aux flots mouchetés de longs bateaux de bois qui transportent hommes et marchandises.
Depuis la construction de routes goudronnées dans les années 90, le fleuve a perdu de son importance dans la vie du Laos. Mais il reste l'un des grands fleuves les plus sauvages de la planète.
 
 
 
 
 
lessive de moineJe passerai une petite semaine à Luang Prabang, plus que je n'avais prévu au départ. Le Laos ne me réussit décidément pas côté santé : après la turista de Vientiane, ma semaine à Luang Prabang est en effet marquée par une fièvre de cheval et les symptômes de la grippe. Je dois avouer que le moral est un peu en berne. Il est temps que j'aille me réfugier dans les provinces reculées du Laos.
   

le songtheu
Après quelques jours de fièvre persistante, je retrouve la forme et saute dans un songtheu, petit camion dont la plate-forme arrière est munie de deux banquettes et dans lequel s'entassent un maximum de personnes, de sacs de riz et de poules. Me voici bientôt à Nong Kieu, dernier village desservi par la route. Je suis au cœur du Laos rural, au bord de la magnifique Nam Hou, un des affluents du Mékong. Je m'installerai ici quelques jours, dans un modeste bungalow en bambou au bord de la rivière. 

Nong Kiau, 21 janvier. J’ai embarqué sur un bateau en direction du Nord. Il n'y a désormais plus de routes dans la région que j'aborde à présent.
sur la Nam HouVoici le Laos tel que je l’avais rêvé. Mon bateau file au ras de l’eau, franchit plusieurs rapides. Il est encore tôt et la brume enveloppe la forêt vierge au milieu de laquelle nous glissons. Parfois, le soleil perce le brouillard et dévoile fugitivement les montagnes qui se dressent alentours, paysages granitiques typiques de l’Asie du Sud Est. 
Au loin, vers la Chine, une imposante barrière montagneuse ferme le paysage. Elle empêche la construction d’une route. Mais pour combien de temps encore?
pêcheur sur la Nam HouDe temps à autre nous croisons un pêcheur ou une famille, glissant silencieusement sur leurs barques. Cà et là, quelques buffles d’eau paissent sur les berges du fleuve.
Après environ une heure de navigation, nous atteignons Muang Noi. La forêt s’éclaircit et une petite bourgade apparaît, succession de maisons en bambou construites sur pilotis. Je m’installe ici, l’atmosphère me plaît beaucoup. Je ne suis pas le seul touriste à m'aventurer dans ce petit coin de paradis. Plusieurs pensions ont déjà ouvert leurs portes aux étrangers. Deux euros la nuit pour une hutte avec toilettes collectives et robinet ou rivière au choix pour la douche. Le confort est minimal mais quel plaisir d’être ici !
rizières autour de Muang NoiL'endroit me semble parfait pour un trekking.
Je récupère une carte manuscrite et sommaire des environs et décide de partir à la découverte des montagnes environnantes et de leurs villages perdus dans les prochains jours. Le Laos secret est à portée de main !
Hoy Sen, 25 janvier 
vilage de Hoy SenComme je l'avais projeté, j'ai quitté Muang Noi, un sac sur le dos, et je suis parti à la découverte des villages cachés dans la montagne. Me voici à  Hoy Sen, gros hameau d'une cinquantaine d'habitations, toutes construites sur pilotis pour entreposer bois et autres matériaux à l'abri de la pluie. Des dizaines d'enfants m'entourent rapidement et une belle séance photo débute.
jeune garçon, Hoy SenLes adultes se montrent plus réservés mais de grands sourires éclairent leurs visages quand je leur dis Sabaiddee.
Ce soir, je suis hébergé chez Kamphan.
Alléché par tous les canards en liberté, je passe commande d'un canard grillé.
En attendant, je vais me laver dans la rivière. Il y a déjà du monde, hommes en slip et femmes dissimulées sous leurssarongs.
Les plaisanteries fusent alors que le soleil se couche doucement derrière la montagne.
Je ne ferai qu'une bouchée du canard. Kamphan sort sa bouteille de Lao-Lao, l'alcool de riz tord-boyaux local. Cul sec !      
Comme d'habitude, le chant du coq me réveille aux premières lueurs du jour. Quelques œufs frits et un café lao plus tard, mon hôte refuse de me  laisser partir sans un coup de Lao-Lao pour la route. C'est l'estomac brûlé par l'alcool que je quitte Hoy Sen et m'enfonce dans la jungle.
découpe du bambouAprès trois heures de marche, je parviens à Khai Khau. Les habitants semblent ici plus réservés. Alors que je pénètre dans le village, deux femmes se figent et détalent, visiblementeffrayées. Les étrangers doivent être très rares par ici. Un enfant se met à hurler en me voyant. Soit je suis particulièrement mal rasé, soit il n'a jamais vu un long nez de sa vie ! 
Après Khai Khau, j'entame la descente vers la vallée par l'autre versant. Je m'égare longuement dans la jungle avant de trouver, épuisé et soulagé, la rivière. Un pêcheur me ramène à Muang Noi. Descente sur le fleuve au crépuscule, les pêcheurs regagnent leur village. Les chauves-souris frôlent la surface de l'eau. Nous traversons des gorges encaissées où lapirogue tangue joyeusement sur les rapides. La nuit enveloppe bientôt la rivière et je goûte la plénitude du Laos. 

evc les enfants de Hoy SenJe vais bientôt quitter le royaume du Million d'Eléphants. Ce pays est d'une beauté et d'une sérénité incroyables. Il y reste encore des régions isolées où subsistent de petits villages perdus. Ils n'apparaissent pas sur les cartes, sauf sur cette "carte au trésor" que je garde précieusement et que je ne divulguerai pas - comme un cueilleur de champignons ne divulgue pas ses coins secrets !



Publié à 10:17, le 22/09/2008, Luang Prabang
Mots clefs : khamuluang prabangnam hou
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Les Iles Vierges, cap à l'Ouest !

 

                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     


 

<- A la recherche du Laos perdu
Costa Rica, pura vida ! ->

 

27 janvier 2008
J'ai quitté les hautes terres sauvages du Laos, laissé derrière moi les sourires des tribus lao, le goût âcre de l'alcool de riz, les forêts de bambou et les crépuscules paisibles sur les bords du Mékong. 
carte du mondeCet après-midi, je quitte définitivement le Royaume du Million d'Eléphants pour Bangkok puis m'attendent trois jours de voyage pour atteindre les iles Vierges au large de Puerto Rico. Là-bas, à bord d'un voilier et en compagnie d'amis, je naviguerai sur les eaux azurs de la Mer des Caraïbes, effleurant les côtes de cette Amérique Latine que je ne connais pas encore.
          
Alors, bien sûr, la tentation est trop grande. Je veux m'enfoncer dans les jungles du Costa Rica, galoper sous le ciel austral de la Patagonie, voir s'abandonner les Argentins à la beauté lascive du tango, escalader les murailles glacées des Andes chiliennes, rouler à tombeau ouvert dans l'immensité désolée de l'Altiplano bolivien,  frissonner dans les mines d'or de Potosi, rêver sur les rives du lac Titicaca, me perdre dans les ruelles millénaires des antiques cités incas et finir en apothéose, le regard perdu dans un convoi de nuages accroché à la forteresse du Macchu Picchu.
           
Larguez les amarres !
larguez les amarresAprès un long périple via Bangkok, Paris, Pointe a Pitre et Saint Martin, me voici donc sur le pont de notre "vaisseau", un voilier de 44 pieds où je retrouve les 10 autres membres d'équipage.
Notre destination, les Iles Vierges, un archipel au large de Puerto Rico, chapelet d'
îles presque désertes, baignées par les eaux de la Mer des Caraïbes.
      
Nous commençons par une navigation de nuit : 14 heures de traversée toutes voiles dehors. La grande voile et le génois sont gonflés par les ali
zées et nous filons à une moyenne de 6 nœuds cap Nord Ouest. Je découvre pour la première fois le monde de la voile et le bonheur des quarts : il s'agit - alors que les autres sommeillent -  d'assurer à tour de rôle la permanence à la barre, tenir le cap et surtout surveiller la mer et les éventuels dangers, notamment les cargos et autres porte-conteneurs qui nous briseraient en deux sans même s'en apercevoir. J'aime cette atmosphère au cœur de la nuit, le bateau qui file sur la houle dans une obscurité presque totale... sentiment d'être loin de tout. 
les BathsNous parvenons à destination vers 11 heures du matin. C'est l'occasion d'un premier bain dans les eaux turquoises.
La vie à bord s'organise et nous goûtons le plaisir d'avoir avec nous deux rois de la cuisine, Guy et Julie. Je sens que les 8 kilos perdus ces derniers mois vont revenir très vite.
      
Hormis les excès de table quotidiens, notre vie sur le bateau s'articule entre mo
uillages dans des baies toutes plus belles les unes que les autres et courtes navigations d'une île à l'autre ... Tortola, Jost Van Dyck, Gorda, Norman Island...
Bien sûr nous mettons parfois pied à terre pour tester les différentes frozen ma
rgarita... le point d'orgue étant une soirée à bord du William Thornton, bateau pirate recyclé en bar. 
      
Parmi les différents mouillages, je retiendrai surtout les Baths, plages paradisiaques où l'on peut se perdre entre les énormes blocs granitiques qui parsèment le rivage ainsi que les grottes de Norman Island où R.L. Stevenson a trouvé son inspiration pour écrire l'Ile au T
résor. La légende dit qu'il serait tombé sur un manuscrit d'un de ses aïeuls qui mentionnait l'existence d'un trésor sur cette île... j'ai laborieusement fouillé les grottes alentours mais ne suis pas revenu plus riche !
    
sur le pontAprès huit jours de rêve, nous repartons pour une navigation de nuit direction l'île de Saint-Martin. Nous faisons face à la houle et sommes contraints de tirer des bords. Le début de la traversée est plutôt agité avec une mer assez  mauvaise. Mais tout se passe finalement bien et nous parvenons  même à filer à près de 7 nœuds de moyenne, ce qui nous permet d'arriver à bon port avant l'horaire prévu. 
La navigation se termine, parenthèse idyllique et première expérience de la voile concluante. Les rivages du 
Nouveau Monde m'attendent à présent, je m'envole pour le Costa Rica.
         

 



Publié à 05:34, le 21/09/2008, Tortola
Mots clefs : iles vierges britanniques
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Pura Vida en Costa Rica

                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     


 

<- Iles Vierges, cap à l'ouest
Argentine, Patagonie, le bout du monde ->

 

"Nous commençons à présent notre descente vers San José, veuillez regagner vos sièges et attacher vos ceintures".
Je jette un œil par le hublot. L'avion amorce un virage et vire sur son flanc droit. Le spectacle est magnifique. Nous glissons sur le sommet des nuages. Devant moi, surgit de l´océan de vapeur le cône parfait du volcan Arenal duquel s'échappe un long panache de fumée. Bienvenue au C
osta Rica, le royaume des volcans et des forêts vierges, le pays de la Pura Vida. 

Costa Rica Map


Je foule le sol du Costa Rica et celui de l´Amérique Latine pour la première fois. Et pour la première fois aussi je n'ai rien prévu. C'est donc avec surprise que le chauffeur de taxi qui vient de m'aborder me regarde lorsque je lui dis que je ne sais pas où je vais... Momentito ! Vite, il me faut une idée de destination ! Je me décide pour Tortuguero, minuscule village perdu au milieu de la forêt tropicale.

Quarante minutes de taxi plus tard, me voici au Central del Caribe, la gare routière d'où partent les bus vers la côte Caraïbe. Je change quelques dollars contre des C
olones et prends place à bord d'un bus bondé, destination Guapiles puis Cariari. 
fleur tropicaleNous sortons bientôt des faubourgs de San José et descendons des hauts plateaux par une belle route en virages vers les plaines littorales. A perte de vue s'étale la forêt vierge. Après 3 heures de voyage, nous faisons halte à Cariari. Je prends mon premier casado, mélange de haricots, riz et salade accompagné d'une viande au choix. Avec le gallo pinto du matin (riz et haricots mixés) je viens de trouver la base de mon alimentation pour les prochaines semaines. 
En attendant mon prochain bus qui doit me mener a Pavona, j'entame la conversation avec Adolfo, un jeune T
ico (surnom des habitants du Costa Rica) qui s'applique a améliorer mon espagnol rudimentaire. Je sais que plus je descendrai vers les Andes, moins les chances de trouver des anglophones seront grandes, il me faut donc rapidement être autonome dans la langue de Cervantès. 

Après une heure et demie de piste défoncée, me voici à Pavona. Il reste deux heures de bateau pour rejoindre T
ortuguero. On m'explique que le niveau de la rivière est trop bas ces derniers jours et que le bateau ne peut donc pas venir jusqu'ici. Je marche donc 30 minutes à travers une bananeraie pour rejoindre le bateau. Nous progressons dans la boue mais cela ne semble pas déranger les Ticas perchées sur des chaussures à talons compensés ! 
la jungleLes deux dernières heures de trajet seront fabuleuses. La longue barque à moteur avance à petite vitesse sur l'eau pour éviter les nombreux écueils et les hauts fonds. A plusieurs reprises nous sommes bloqués sur un tronc immergé. L'assistant du pilote saute alors à l'eau pour dégager le bateau pendant que les passagers autour de moi scrutent la surface de l'eau pour guetter "el cocrodilé" ! Après plusieurs échouages et une lente progression au milieu de la jungle épaisse, nous atteignons le Rio, large fleuve couleur de boue au milieu de "l'enfer vert". Le bateau prend enfin de la vitesse et nous parvenons finalement a Tortuguero.
Le village a des allures de petit f
ar west amazonien. Pas de route bien entendu, juste des chemins de terre qui courent au milieu des baraques. Nous sommes cernés par la jungle et la mer qui vient s’écraser en rouleaux violents sur une plage inhospitalière. Au nord, s'étale la forêt jusqu'à la frontière du Nicaragua, même chose au sud jusqu'à Puerto Limon. Tortuguero, c'est le bout du monde et je suis ravi de mon choix de dernière minute.
Installé dans une cabina (hôtel très, très rustique...) avec 
hamac a portée de main, il ne me reste plus qu'a profiter de la nature extraordinaire qui m'entoure.
el cocrodileJe passerai donc quelques jours ici entre ballades en pirogue sur les multiples bras du Rio et randonnées en forêt pour tenter de débusquer caïmans, singes de tous poils et oiseaux de toutes plumes.
Je fais aussi rapidement la connaissance de Sabine et Lisa, deux Allemandes en mission en Colombie ainsi que de Timo, membre d'une expédition sous-marine. La chaleur étouffante de la forêt nous donnera à tous un bon prétexte pour descendre quelques Imperial, la fameuse bière locale !
Puis, abreuvé de p
luies tropicales, repu des vibrations de la forêt vierge, je reprends le chemin en sens inverse. Je quitte ce cul-de-sac magique pour remonter vers la capitale.

S
an Jose
De dimensions modestes (300 000 habitants), à la mesure du pays (4 millions d´habitants seulement). San Jose n´a pas de charme particulier et je passerai peu de temps ici. 
Je me suis installé dans une pension aux allures de prison mais tenue par un propriétaire adorable et très bavard. Petite ballade dans la ville, l´influence a
méricaine est palpable, fast foods et enseignes yankees sont omniprésents. Les Costariciens ont adopté les mauvaises habitudes alimentaires de leurs voisins du Nord et beaucoup souffrent de surpoids. 
menuJe descends la Avenida Principal, direction le marché central, un des rares vestiges de la San José d'autrefois avec une ambiance très latino qui contraste avec les Macdo et autres Pizza Hut. Je m'installe autour d'un comptoir qui encadre lui même quelques tables où déjeunent des familles et commande des tamales sans savoir ce que c'est. Il s'agit de sortes de beignets à la texture de polenta et fourrés de viande et de légumes, plutôt bon. J'accompagne cela d'un jus de mora, aucune idée non plus du résultat mais cela s'avérera être aussi un bon choix. 
"Esta rico ?" Me demande mon voisin, un vieux tico curieux de savoir si le g
ringo aime bien la cuisine nationale. Muy rico ! Très bon ! Evidemment !

Ce soir, je vais me faire une soirée typico dans un soda, restaurant bon marché où se croisent toutes les générations. Peut-être finirai-je au Salsa Club du coin avant de prendre un taxi pour regagner ma pension, ce que tout le monde ici me recommande de faire même si la distance à pied n'est pas si grande, la ville serait devenue d
angereuse la nuit. Nous sommes loin encore de l'insécurité de Guatemala City mais je dois visiblement oublier les balades nocturnes en solitaire. Je suis El gringo et El gringo est censé avoir les poches pleines de dollars (et non pas de café !)

Il est temps de reprendre mon sac et de courir vers d'autres horizons. Je me hisse donc à bord d'un bus en partance pour l'Est du pays, direction T
amarindo où le hasard a envoyé deux amies parisiennes, Anne Laure et Christel, en vacances chez une cousine. Je ne pensais pas à l'origine me rendre dans la Mecque costaricienne du surf mais la perspective de passer quelques jours avec des amies me convainc d'aller faire un tour a Tama.gringo.
5 heures de bus et me voici donc au bord de l'O
an Pacifique. Bâtie le long d'une belle plage ou s'écrasent en rouleaux les vagues qui font le bonheur de centaines de surfeurs, Tamarindo est finalement un peu moins développée que je le craignais. La route principale est une piste défoncée où s'activent les bulldozers. De part et d'autre de cette route se succèdent cabinas et hôtels. On construit cependant à tour de bras et des panneaux à vendre poussent comme des champignons dans toute la campagne environnante. 
coucher de soleilSi Tamarindo n'a pas encore les allures de Cancun (la tentaculaire station balnéaire mexicaine, symbole du bétonnage en Amérique Centrale), il est évident qu'elle en prend le chemin. 
Je peine à trouver une chambre à prix raisonnable et les Ticos s'adressent à moi en anglais. La grande majorité de la clientèle est en effet américaine... gringo. Des centres commerciaux façon US poussent çà et là et je me sens presque en Floride. 
Cela ne m´empêche pas bien entendu de savourer un superbe coucher de soleil sur l´océan Pacifique. J´aime l´idée d´être au bord de cet océan quelques jours à peine après avoir foulé les rives de l'A
tlantique. 
Je ne resterai toutefois pas très longtemps ici et je retrouve rapidement mes amies avec qui je décide de passer quelques jours sur les routes de l'intérieur. Nous prenons donc ensemble la direction de Monteverde et sa fameuse forêt de nuages. Suivra le volcan Arenal.

un coatiLa route qui mène à Monteverde est splendide. Nous prenons progressivement de la hauteur pour rejoindre les plateaux situés à 1000 mètres d´altitude. Sur la route alternent plantations de café et forêts d'altitude. Bientôt apparaît Monteverde, station de montagne ou souffle un vent presque froid qui nous donne un instant l'impression d'être en Savoie.

Ce soir, nous décidons d'échapper à l'ambiance touristique de la bourgade et partons en randonnée nocturne dans la forêt denuages.
Mais il n' y a pas de nuages ce soir et c'est tant mieux. Cela nous permet de profiter d'une superbe marche à la lueur de nos torches. Nous sommes particulièrement chanceux car nous croiserons un grand nombre d'animaux, coatis, ratons laveurs, renards gris, paresseux, toucan, serpents, t
arentule et autres oiseaux dont je n'ai pas retenu les exotiques noms. Le Costa Rica est réellement extraordinaire d'un point de vue nature, que d'espèces aperçues en deux heures de marche !
Le lendemain, nous prenons la direction du vo
lcan Arenal. A travers une forêt de plus en plus dense, nous bénéficions bientôt de belles échappées sur le lac Arenal. Nous nous arrêtons avant la Fortuna, la ville touristique du coin, pour privilégier une petite cabina plus tranquille au pied du volcan. Ambiance dortoir et petite terrasse face au monstre. Nous passerons la soirée à guetter le feu d´artifice mais une épaisse couverture nuageuse s´accroche aux flancs du volcan. Pas de spectacle ce soir ! 
volcan ArenalDécidés à voir le phénomène, nous ferons le lendemain matin une rando sur le flanc nord, au milieu de champs de lave. Le vent pousse les nuages et nous offre enfin la vue que nous attendions. Le volcan Arenal a une forme presque parfaite, de son sommet s´échappe un long panache de fumée et le long de ses pentes dévalent en permanence de gros blocs de roche en fusion qui explosent bruyamment. Le spectacle est impressionnant, dommage que nous n´ayons pas pu profiter du rougeoiement de la lave en fusion la nuit précédente.

Apres cette belle boucle au cœur du Costa Rica, je quitte mes amies à Pu
ntarenas, un port au bord du Pacifique. Je reprends ici ma route de voyageur solitaire. Un bus m´emmènera à 4 heures de route de là, en direction de la frontière panaméenne, à Manuel Antonio, un superbe parc national où la jungle est bordée par une plage sauvage, rêve de robinson.
plage de Manuel AntonioJe pars pour une belle journée de randonnée sur les chemins du parc, à l'assaut de collines d'où le regard embrasse a la fois la côte et la canopée. Singes, paresseux et iguanes sont au rendez-vous. Je croise aussi une belle vipère fer de lance qui se glisse dans les fourrés.
Autre espèce très fréquente : le touriste américain. Pour lui échapper, je prends les chemins les plus escarpés sur lesquels je fais la connaissance de Laura, une Argentine qui ne parle pas un mot d'anglais. Malgré mon espagnol chaotique, nous parvenons à communiquer et réalisons que nous prenons l'avion le même jour pour Buenos Aires. Nous passerons donc les derniers jours au Costa Rica ensemble. Retour à San José, visite de Heredia, une des rares villes du Costa Rica ou l'on peut encore admirer quelques bâtiments de type co
lonial puis visite du Volcan Poas pour boucler mon séjour dans ce pays.
Je vais quitter l'Amérique Centrale pour voler vers le continent sud-américain, Buenos Aires et la Patagonie pour commencer. Dans quelques heures je dis adieu au Costa Rica et entame un long voyage de 15 heures via Lima et Santiago du Chili.

 



Publié à 03:25, le 20/09/2008, Tamarindo
Mots clefs : arenaltortugero
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Argentine : Patagonie, le bout du Monde

 

                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     


 

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Buenos Aires ->

 

Vendredi 7 mars, 16 heures.

Le bus vient de me déposer à l'aéroport Juan Santamaria de San José. Je suis parti pour un long voyage vers le sud du continent : 3h30 de vol le long de la côte Pacifique : j'aperçois le Panama, la Colombie, l'Equateur et voici bientôt le rivage péruvien. Après une courte escale à Lima, je cours prendre un vol à destination de Santiago du Chili. Nous volons à présent de nuit mais je ne parviens pas à dormir. Nous voici à Santiago, il est 3 heures du matin. Je passe la douane et vais prendre un café. Je discute un peu avec un Chilien passionné de voyages lui aussi. Puis je prends congé de mon compagnon et pars à la recherche d'un banc pour me reposer en attendant mon prochain vol.

        

carte Amérique Sud7:30, décidément impossible de trouver le sommeil. Me voici à présent à bord du vol pour Buenos Aires. Le jour se lève sur l’étroite plaine littorale et nous survolons déjà les Andes. Le spectacle est magnifique, sommets et glaciers à perte de vue défilent sous mes yeux. Un bond au dessus de la cordillère et l'avion descend sur la pampa infinie jusqu'à la capitaleargentine. Débarquement, douanes, taxi, panne sur l'autoroute, autre taxi... je n'arrive en centre ville que 2 heures plus tard, il est presque midi.
Je retrouve ici Christian, un ami installe à Buenos Aires depuis deux ans. Je suis claqué par le voyage mais ne résiste pas à l'idée d'aller manger un énorme s
teak grillé dans une parillada. L'Argentine est célèbre pour la qualité de sa viande et je suis effectivement bluffé par le goût et la tendresse du morceau qui m’est servi. J'accompagne tout cela d’un bon petit vin argentin et je suis prêt pour la sieste !

   

 

Patagonia !
patagonieImmense région située au sud de l'Argentine et du Chili. La Patagonie est le royaume de l'infini : paysages sauvages à perte de vue. C'est le bout du bout du monde, mélange de steppes semi-arides et de montagnes coiffées de glaciers, une terre a la beauté rude qui vient mourir au Cap Horn, ultime étape avant le grand désert glacé de l'Antarctique.
Près de 3000 km séparent Buenos Aires du Sud de la Patagonie. Je profite donc du coût modeste des liaisons intérieures pour m'y rendre en avion et m'épargner ainsi 4 jours de bus. Mon ami Christian a pris des congés et m'accompagne donc jusqu'à El Calafate, dernier aéroport argentin avant U
shuaia et le bout du bout du bout du monde.
La ville est importante à l'échelle régionale, même si elle ne compte pas plus de 8000 habitants. Nous y parvenons alors que la température dépasse à peine les 10°. Quel choc après la profusion de couleurs et la chaleur tropicale auxquelles je m'étais habitué ces derniers mois !
route d'el ChaltenDes le lendemain de notre arrivée, nous prenons un bus qui nous emmène sur la Route 40 vers El Chalten. La route 40 est une voie mythique en Argentine, elle part d'Ushuaia et remonte sur 5000 km vers la frontière bolivienne.
Voici notre terrain de jeux pour les jours à venir : au programme t
rekking vers les lacs d'altitude, ascension sur les pentes du Fitz Roy (ou Chalten en langue indienne, ce qui signifie montagne des fumées car les nuages semblent s'en échapper et les Indiens pensaient qu'il s'agissait d'un volcan).  

La météo est plutôt de notre côte, le vent tombe et nous bénéficions de superbes journées ensoleillées. Seul un épisode pluvieux nous amènera à partir avec un g
aucho ayant visiblement passé trop de temps avec les animaux. Il ne nous adresse en effet quasiment pas la parole. Son mutisme ne gâchera toutefois pas le plaisir de galoper dans la steppe, au pied des montagnes couvertes de nuages.

Perito MorenoLe soleil est en revanche au rendez-vous lorsque nous partons naviguer au pied du Perito Moreno, un immense glacier qui se jette dans les eaux du Lago Argentino. Le paysage est fabuleux. Un mur de glace de 40 mètres de hauteur et de 5 km de long se dresse face à nous. Régulièrement des blocs entiers s'en détachent dans un bruit de tonnerre et viennent s'écraser dans les eaux glacées, éblouissant l'atmosphère de gerbes irisées.

Puis, nous convenons de prendre la route du Chili, à 5 heures d'ici. C'est parti pour un superbe voyage en voiture au milieu de n
ulle part. Très vite, la route laisse place à la piste et derrière nous s'élève un nuage de poussière alors que nous fonçons au milieu d'un paysage sans limites, sans maisons et sans stations d'essence (bon là, cela peut devenir problématique si l'on n'est pas un peu prévoyant !).

guanacoSur le chemin, nous croiserons de nombreux guanacos (cousins du lama) et nandous, cousins de l'autruche. Parfois un condorsurvole la steppe. Bientôt, nous voici en terre chilienne. Devant nous se dressent les Torres del Paine, tours de pierre de 2500 mètres où nous irons marcher pendant les jours qui suivent.

 

 

 

 

bout du monde

 

 

 

Nous laissons ainsi la voiture et munis de nos sacs à dos et chaussures de randonnée, nous partons à l'assaut du massif pour rejoindre le refuge Chileno.

Une soupe et au lit. Demain, nous attaquons  une longue, épuisante mais fantastique journée de marche autour des célèbres tours.

 

 

Le séjour patagon touche à sa fin. Christian rentre sur Buenos Aires. Je retourne à El Calafate d'où je prendrai à mon tour un vol vers la capitale argentine. Une autre aventure commence.

 



Publié à 12:53, le 19/09/2008, Patagonie
Mots clefs : el chaltenperito morenoEl Calafate
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Buenos Aires

      

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  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     


 

<- Argentine, Patagonie, le bout du Monde
en route pour la Bolivie ->

 

Me voici pour une semaine dans la capitale de l'Argentine : Buenos Aires.

Quel changement ! Grandes avenues, circulation intense, métro... Buenos Aires est une des plus grandes villes d'Amérique du Sud avec 13 millions d'habitants.
pub la bocaVoici quelques traits caractéristiques des Portenos (habitants de Buenos Aires): Ils sont à une écrasante majorité d´origine espagnole ou italienne, comme une grande partie des Argentins d´ailleurs. Peu de mixité raciale ici donc, pas de noirs, quelques asiatiques et amérindiens dans les quartiers pauvres. Les Boliviens - qui forment la majorité des immigrés ici - sont d´ailleurs victimes d´un racisme palpable.
Les Portenos boivent de la y
erba maté à longueur de journée. Qué es ? Une boisson chaude à base d´herbes et très amère (il paraît que l´on s´y fait à la longue, je vais donc faire d´autres essais). Les Argentins boivent cela dans un maté, calebasse évidée, à l´aide d´une bombilla (pipette métallique). On s´habitue donc très vite à voir partout, dans le métro, dans la rue, dans les parcs, les locaux siroter leur maté, un thermos d´eau chaude toujours a portée de main pour recharger ! 
Quoi d'autre ? Ils ont un drôle d´
accent, très différent des autres accents latino américains. En gros, ils transforment les y en un son à mi-chemin entre ch et j. Ce qui donne un espagnol très chuintant.
Pour finir, ils sont globalement très sympathiques, mangent des croissants au petit déjeuner, boivent du vin (très bon d´ailleurs) et servent du pain à table. Il ne manque donc que le fromage pour en faire un pays parfait ! 

Je passerai cette semaine à découvrir les Portenos et à parcourir certains quartiers de leur ville : Palermo, où je suis installé, le Microcentro et ses monuments comme la Casa Rosada ou encore la populaire B
oca et ses maisons en tôle multicolores.
façade la BocaCe quartier populaire était à l´origine essentiellement habité par les ouvriers qui travaillaient au port tout proche. Les gens d´ici avaient pour coutume d´utiliser les restes de peinture destinée aux bateaux pour peindre leurs façades de tôle. Cette tradition donna rapidement cet aspect bariolé qui caractérise encore aujourd´hui la Boca. 
Bien sûr, lorsqu´on parle de la Boca, comment ne pas évoquer le club de foot mythique des B
oca Juniors et le célèbre stade : la Bombonera. Je ne suis pas un fan de foot mais je me dis que c'est le moment ou jamais de mettre les pieds dans un stade de foot... là ou Diego Maradona est devenu la star que l'on connait. 
C'est parti ! Billet en poche, me voici un dimanche après-midi à l'intérieur de la fameuse Bombonera. A ma gauche, la tribune des supporters de la Doce - la douze, pour le douzième joueur. J'imagine en effet qu'un tel public doit donner l'impression aux adversaires qu'ils jouent à 11 contre 12. Je n'ai pas vraiment de moyen de comparaison puisque que je ne mets jamais les pieds dans les matchs de foot mais l'ambiance est hallucinante. Il s'agit d'un match sans grand enjeu contre un autre club argentin sans envergure, le Colon. Pourtant le public chante et hurle sans interruption pendant 90 minutes. Je me dis qu'assister à un match international ici doit être une expérience qui marque.


maison la bocaBien sûr, Buenos Aires n'est pas faite que de maisons en tôle colorées, loin de là. La majeure partie de la ville est un mélange d'architecture moderne et haussmannienne. En effet, entre la fin du XIXème et le début du XXème siècles, l'argent coulait à flot et Buenos Aires rivalisait avec les capitales européennes. De cette époque datent les nombreux immeubles de style parisien qui donnent souvent une impression étrange d'être à la maison.
S'ajoute à cela, la présence de nombreuses Renault, Peugeot et Citroën. Les crises économiques récentes ne permettant pas à de nombreux Argentins de gagner suffisamment leur vie pour remplacer leurs vieilles voitures, c'est donc plutôt un Paris des années 70/80 que je vois circuler dans les rues : 2 cv, Renault 12 ou 18, Peugeot 504 et de magnifiques R
enault Fuego à profusion !

Mais Buenos Aires n'a pas que des voitures de collection comme intérêt touristique. J'y découvrirai ainsi de superbes cafés belle époque et la plus belle librairie du monde, dixit les Argentins : El Ateneo. Installée dans un ancien t
héâtre, j'avoue que je n'ai jamais vu une aussi belle librairie, sauf peut-être le Furet du Nord à Lille mais ça c'est juste parce c'est à Lille, donc forcément beau ! 
casa rosadaMes randonnées urbaines m'amèneront aussi à la Casa Rosada, siège officiel du gouvernement. C'est depuis le balcon de ce bâtiment que Peron et Evita faisaient leurs discours fleuves devant la masse des Argentins réunis sur la Plaza de Mayo.

 

Difficile de parler de Buenos Aires sans mentionner le tango. Né ici à la fin du XIX ème siècle, dans les quartiers défavorisés, il trouverait son origine dans un mélange de valse européenne, habana cubaine et danses africaines. A l'époque, il n'était dansé que dans les bordels et les bars des quartiers populaires. Il avait donc une réputation sulfureuse. C'est grâce aux jeunes fils de bonne famille qu'il a prit ses lettres de noblesse. En effet, désireux de s'encanailler, ceux-ci se mirent à fréquenter les bouges et lupanars et à danser le tango. Puis, à l'occasion de voyages en France, ils introduisirent cette danse à Paris. C'est là que le tango que l'on connaît aujourd'hui a évolué. Et depuis Paris qu'il a ensuite conquis la planète pour revenir enfin sur sa terre de naissance où Carlos Gardel lui écrira ses plus belles pages.

Je ne danse pas le tango, pas plus que je ne joue au foot. Mais je n'ai pas pu résister au plaisir d'aller admirer les danseurs dans les 
milongas, lieux où se retrouvent les passionnés de tango, l'après-midi ou le soir. La moyenne d'âge est plutôt élevée mais quelques jeunes semblent s'intéresser de nouveau au tango. Peu importe l'âge, l'émotion dégagée par cette danse est toujours palpable. J'irai ainsi au centre culturel Borges pour assister à un spectacle de danse mêlant tango, classique et flamenco, très beau moment et belle conclusion pour ce séjour à Buenos Aires. Demain m'attendent des milliers de kilomètres vers le Nord de l'Argentine, vers l'Altiplano et la Bolivie.

 



Publié à 09:34, le 19/09/2008, Buenos Aires
Mots clefs : matéla bocatango
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Argentine et Bolivie : sur l'Altiplano pour un rallye en plein ciel

 

                COULEURS  

  SOURIRES      

                                                  

                                       INFINIS        

RENCONTRES              

     
Ciao Buenos Aires ! 1500 kilomètres plus tard, en direction du Nord-Ouest et je m'installe à Salta. Après l'appartement de Christian, me voici de retour dans l´ambiance des dortoirs en compagnie de deux Italiens et trois Suisses. Je suis à présent tout proche de la frontière bolivienne et c´est une autre Argentine que je découvre ici : paysages de montagne arides et population en majorité indienne.
église SaltaSalta est un bel exemple d´architecture coloniale, une des rares villes de ce type en Argentine. Je passe ici deux journées  avec au programme une visite de Cafayate, centre de production viticole ainsi qu´une ballade au milieu de gorges aux couleurs fantastiques qui me mèneront à Quilmes, ancienne cité indienne en ruine dont le nom a été emprunté par la bière la plus fameuse d'Argentine.
Impatient de découvrir les hauts plateaux andins - le fameux Altiplano - je décide de progresser ensuite en direction du Nord, vers Huma Huaca, village quechua situé à 3000 mètres d´altitude et à 6 heures de bus de Salta. 
Je passerai ici une soirée à refaire le monde avec Alice, une Anglaise qui revient de Bolivie et prend la route de Buenos Aires.


en trainLe lendemain, j'embarque à bord d'un bus, destination la frontière bolivienne que je franchis ensuite à pied avant de rejoindre la gare de Villazon. J´ai fait, en route, la connaissance de Ami, Israélien et Esther, Hollandaise et c´est ensemble que nous prenons le train pour Tupiza. Je n´avais plus pris de train depuis l´Inde et c´est avec bonheur que je regarde défiler le paysage, steppes semi-désertiques, gorges aux couleurs pourpres et zones pastorales. 

Nous voici bientôt à Tupiza, gros village bolivien avec son marché et ses femmes aux chapeaux melon et robes multicolores.
Vous noterez a ce sujet que je n´ai pas ou peu de photos de Boliviens. C´est pourtant un véritable paradis de photographe mais il est visiblement difficile de tirer le portrait des locaux, en tout cas beaucoup plus qu'en Inde. Je me suis ainsi fait joliment insulté par une mamie après lui avoir demandé, dans mon espagnol le plus poli, si je pouvais la prendre en photo. 

altiplanoPresque deux fois la taille de la France mais seulement 8 Millions d´habitants, la Bolivie abrite les villes les plus hautes du monde, les déserts les plus secs, des sommets glacés culminant à plus de 6000 mètres qui surplombent des forêts équatoriales étouffantes. Et puis bien sûr, il y a l´Altiplano : un haut plateau presque désertique où vit traditionnellement l´essentiel de la population, indienne et parlant plutôt quechua (la langue des Incas) qu'espagnol. La Bolivie est le pays le plus pauvre d´Amérique Latine : salaire moyen, autour de 150 euros par mois. Une nuit d´hôtel en dortoir 2 euros, en chambre individuelle, 5 euros.
Ici, peu ou pas de routes carrossables. L´essentiel du réseau est composé de pistes. Hormis quelques lignes de chemin de fer en voie de fermeture, l`essentiel du trafic se fait par camion et bus. La Bolivie sera pour moi synonyme de nuits et de journées de bus sur des routes pourries bordées de ravins vertigineux : voici une nouvelle expérience  de la route pleine d`adrénaline !
           
enfants quechuaRallye en plein ciel
Je débute ma découverte de la Bolivie par la traversée de la région du Sud Lipez en 4 X 4. Le but du jeu ? Rejoindre Uyuni depuis Tupiza par une boucle de plusieurs centaines de kilomètres à travers certains des paysages les plus dingues de la planète. 
Au menu : pistes folles à flanc de montagne et à plus de 4000 mètres d`altitude, déserts magiques, lacs colorés, geysers et pour finir, le plus grand lac salé du monde : le Salar de Uyuni.
Ce "rallye" des merveilles naturelles me prendra 4 jours et je le ferai en compagnie de Esther, Ami ainsi qu`un couple de Canadiens anglophones rencontré à Tupiza. Cela nous permet de partager le prix de la location de la voiture, du chauffeur et du "copilote-cuistot-dj". Chargés de vivres pour 4 jours, nous partons donc direction sud/ sud-ouest vers la frontière chilienne et les confins du désert d´Atacama. Sur notre route nous croiserons peu d'humains mais beaucoup de lamas et vicuñas (cousin sauvage du premier). 

La première journée de piste se déroule sous un ciel menaçant et quelques averses. Nous déjeunons rapidement en compagnie de nos amis lamas, les yeux rivés sur les dizaines d´éclairs qui zèbrent le ciel autour de nous, prêts à trouver refuge dans la voiture si le ciel vient à nous tomber sur la tête.

lac d'altitudeNous avons franchi plusieurs crêtes et cols et faisons halte le premier soir dans un refuge sommaire situé à 4000 mètres d'altitude. 
La respiration est un peu difficile, j`évite donc tout effort violent. Les condition sont très rudimentaires, pas d`eau, pas d`électricité... donc pas de douche, il faudra attendre la troisième nuit, nous sommes prévenus.
Après la soupe, je marche un peu autour de notre cabane. Il fait nuit, la lune est absente, il n`y a pas un seul nuage. Nous sommes en altitude et tout proches du désert d`Atacama réputé chez les astronomes comme le ciel le plus pur de la planète : voici de bonnes raisons pour lever le nez vers le ciel et là, c'est l'extase ! Des milliers de milliards d`étoiles, une voie lactée plus lactée que jamais, pas écrémée ou demi-écrémée comme chez nous ! 
Et puis, encore plus incroyable, d`autres galaxies que je suppose être le Nuage de Magellan et Orion. Je n`avais jamais vu de galaxies à l`œil nu... spirales vaporeuses sur un ciel irréel. Je m`endors la tête pleine d`étoiles.

tour de magieCe périple en 4x4 sera l`occasion aussi de faire une halte dans un petit village quechua, d`où sont originaires nos amis chauffeurs, Bernardé et Felipe.
C'est le moment pour mon ami Ami de faire une démonstration de ses talents de magicien auprès des enfants du village. Il récoltera mines ébahies et regards émerveillés.
       
La météo est désormais avec nous : grand ciel bleu et paysages toujours plus incroyables. 
Nous traversons le Désert de Dali, aux montagnes teintées de multiples couleurs. Le 4 x 4 grimpe péniblement vers un col à 5200 mètres d`altitude puis redescend vers une succession de lacs roses, blancs ou verts turquoise. 
Plus loin, des champs de vapeur nous accueillent, ici jaillissent geysers et fumerolles aux âcres senteurs de souffre.

arbol de piedraEnfin, la piste bondit vers une plaine infinie au milieu de laquelle trône l`Arbol de Piedra, l`arbre de pierre, occasion d`une halte photos.
Les kilomètres défilent. Les journées sont longues : nous partons en général autour de 5h30 / 6h00 du matin et nous arrêtons autour de 17 heures le soir. 
La cumbia, musique très populaire en Bolivie et similaire à la Salsa cubaine, passe en boucle sur la radio. Bernarde n`a que deux disques... nous finirons donc par connaître par cœur les paroles à l`eau de rose et les chantons bientôt sans problème dès que les premières notes résonnent.
le Salar au petit jour
Ainsi passent les jours sur la piste.
La fin du périple approche, nous voici au matin du quatrième jour, en bordure du Salar de Uyuni... la plus grande étendue salée du monde.
Vestige d`une ancienne mer intérieure aujourd'hui disparue, le Salar étend sa platitude immaculée à 3600 mètres d'altitude.

bloc de sel
Il est 5 heures du matin et nous entamons la traversée alors que le soleil pointe à peine sur l´horizon.
La voiture file à grande allure sur la piste de sel. Autour de nous, 12 000 km2 de sel à perte de vue.
Le soleil se lève doucement et révèle un paysage extraordinaire, sans aucun doute un de mes plus grands souvenirs de voyage.

Felipe sur le Salar
Nous faisons quelques haltes au milieu de ce paysage minéral. Cà et là, apparaissent quelques trous dans la couche de sel uniforme. L`eau affleure à 20 cm à peine sous la croûte de sel, j`ai le sentiment de marcher sur une immense banquise.


Isla de Pescadores

Le 4 x 4 dévore les kilomètres  de sel pendant encore près d`une heure avant de faire étape sur la Isla del Pescador, l`ile des pêcheurs. Il s`agit bel et bien d`un îlot posé au milieu de la vaste plaine. Hérissé de cactus, c`est un poste d`observation idéal pour admirer le Salar et nous nous y attarderons une bonne heure avant de prendre notre petit déjeuner, assis sur le bord de l'infini blanc. Nous reprenons ensuite notre route en direction d`Uyuni, village situé en lisière du Salar. 
Ne pouvant plus résister, je demande à Bernarde s'il accepterait que je prenne le volant et il accepte. Je ne suis plus seulement spectateur, il me faut à présent ménager le confort de mes 6 passagers au volant de ce tank du désert. Mais je prends un plaisir extraordinaire à conduire le 4 x 4 pendant le reste de cette irréelle navigation sur une mer disparue.


Publié à 10:48, le 18/09/2008, Tupiza
Mots clefs : arbol de piedrasalar de uyunihuma huacaAltiplano
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Bolivie, Potosi, dans les entrailles de l'enfer

 

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<- Bolivie, rallye en plein ciel
Bolivie, des franges de l'Amazonie à la Paz ->

 

Située a 4060 mètres d`altitude, au pied du Cerro Rico, Potosi est un des endroits les plus fous et glauques de la planète.
Lorsque les Espagnols découvrirent la côte péruvienne au 16 ème siècle, toute la région était sous le contrôle de l`Empire Inca. Le sud de la Colombie, l`Equateur, le Pérou, la Bolivie ainsi que le nord de l`Argentine et du Chili constituaient les provinces de cet énorme empire.
Les Conquistadors eurent la chance de tomber en pleine guerre de succession entre deux frères ennemis. L`Empire, fragilisé par une guerre civile et des révoltes sur ses frontières tomba ainsi rapidement aux mains des Européens. Cités couvertes d´or, pierres précieuses, étain, argent.... cela bien plus que les motifs religieux attirèrent dès lors des nuées d`Espagnols ici. `Tout fut fondu et transporté vers l`Espagne. On coupa la tête de l`empereur inca et réduisit le reste de la population en esclavage.

Potosi et le Cerro RicoTous les objets en or rapidement fondus en lingots, on se tourna bientôt vers d`autres métaux. Les Espagnols s`aperçurent alors que la montagne qui surplombait le village de Potosi renfermait des quantités faramineuses d`argent. Une fièvre folle s`empara dès lors de la région. Pendant deux siècles, 8 Millions d`esclaves indiens vinrent mourir dans les mines d`argent de Potosi ! 
Des historiens considèrent que cette montagne d`argent a constitué l`essentiel des revenus de l `Empire Espagnol pendant les 17ème et 18ème siècle.

Exploitée sans interruption depuis 450 ans, la montagne est passée d`une altitude originelle de 5200 mètres à une altitude actuelle de 4900 mètres. La soif d'argent des Européens a non seulement provoqué la mort de millions d'hommes mais a aussi réussi à raccourcir les sommets des montagnes.
Lorsque la puissance espagnole a décliné, la France et l`Angleterre ont alors récupéré une grande partie de ces richesses par voie de commerce ou de butin. La révolution industrielle pouvait commencer...
Indirectement, la montagne de Potosi est donc un des fondements majeurs qui ont permis l`avènement du capitalisme moderne et donc du monde dans lequel nous vivons aujourd`hui.

en tenue de mineurCasque et lampe frontale sur la tête, bottes et uniforme de mineur, je suis prêt pour la descente aux enfers !
Aujourd`hui encore, on exploite ici l`argent, le cuivre, l`étain et le plomb. 12 000 mineurs travaillent dans des conditions moyenâgeuses et l`on compte en moyenne deux morts par semaine...

Avant de descendre dans les galeries, j`achète un sachet de feuilles de coca, cadeau pour les mineurs, ainsi qu`un bâton de dynamite à offrir au chef d`équipe. Comme partout en Bolivie, la coca se trouve à chaque coin de rue. Plus original, à Potosi, la dynamite aussi est en vente libre dans toutes les boutiques des quartiers bordant le Cerro Rico ! Autre cadeau possible : une bouteille en plastique contenant de l`alcool à 96 degrés que les mineurs boivent tous les vendredis en l`honneur de Tio, le diable qui vit dans les entrailles de la terre. 

TioPour effrayer les esclaves et leur faire croire qu`ils étaient surveillés en permanence, même sous terre, les Espagnols avaient placé dans les galeries des statues censées représenter Dieu, Dios. 
Incapables de prononcer correctement le mot Dios, les Indiens le nommèrent bientôt Tio, lui ajoutèrent des cornes et le transformèrent en diable... bien plus à sa place ici.

 

 

 

 

Accompagné d`un ancien mineur devenu guide, je passerai deux heures sous terre. Je n`irai pas plus loin que le 3ème niveau, à environ 20 mètres deprofondeur.

galeries de la mineLes conditions d`accès sont déjà impressionnantes : boyaux étroits, poutres centenaires pour soutenir le plafond et échelles de bois pour descendre vers les niveaux inférieurs. Je suis la plupart du temps à demi courbé, parfois obligé de me glisser à plat ventre dans certaines ouvertures. De temps à autre, venant des entrailles de la terre, jaillit le bruit sourd d`une explosion. On ouvre à la dynamite une nouvelle veine dans le ventre de la montagne. Je ressens le souffle puissant de la détonation et tout vibre autour de moi. Je ne suis pas du tout mais pas du tout, du tout à l`aise ! Vivement que cet enfer se termine ! L`air se charge de particules, plomb, amiante, je respire les pires gaz toxiques.

Enfin, je retrouve la surface, secoué par l'expérience et heureux de revoir le pâle soleil des Andes. Je ne suis descendu que deux heures dans l`enfer mais d`autres y passent 10 ans, 15 ans... L`espérance de vie à Potosi est de 40 ans, j`en ai 37 !  Quelle chance de naître en Europe....

 



Publié à 07:30, le 17/09/2008, Lac Titicaca
Mots clefs : cerro ricoconquistadorsmines de Potosi
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Bolivie : des franges de l'Amazonie à la Paz

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RENCONTRES              

     
 
Après Potosi, voici Sucre. 
Deuxième capitale du pays après La Paz et très belle ville coloniale, sans doute la plus belle de Bolivie. C`est avec plaisir que je retrouve aussi une altitude plus agréable (2600 mètres).
Sucre (prononcer Soucré) sera aussi l`occasion d`une belle Caipirinha party avec l`ensemble des locataires de l`auberge où je loge. Après 3 jours de repos et de ballade
 dans cette ville, je quitte mon ami Ami qui décide de rester ici pour prendre des cours d'espagnol. Ma prochaine étape : Samaipata, petite ville située à 1600 mètres d´altitude sur les contreforts de l´Altiplano. 

Je prends donc le bus direction Santa Cruz. Nous partons a 18:00 à bord d´un semi cama, c´est ainsi que l´on appelle les bus avec fauteuils inclinables en Amérique du Sud. La route est relativement bonne mais je ne parviens pas à dormir. A 5h00 du matin, le chauffeur hurle le nom de Samaipata, deux minutes d´arrêt ! Je bondis sur mon sac et me retrouve au bord de la route en pleine nuit. Le bus poursuit sa route vers Santa Cruz avec les autres passagers. Pressé de trouver un endroit pour dormir, je m´enfonce dans les ruelles du village endormi et frappe à la porte du premier hôtel qui m´annonce être complet. Je finirai par trouver une auberge où je partagerai une "cellule" avec deux Israéliens. 

el FuerteAprès les hautes altitudes et le froid, je suis surpris de trouver ici un climat presque tropical.
Mon séjour ici sera consacré à la visite de El Fuerte, un site archéologique qui date de 1500 av JC et qui garde encore une grande partie de son mystère.
Le plus curieux est sans doute cette énorme plaque rocheuse d´une centaine de mètres sur laquelle sont gravés des lignes parallèles qui semblent fuir vers le ciel - certains esprits un peu allumés prétendent qu´il s´agirait de pistes de décollage pour vaisseaux extra terrestres...
forêt de nuages
   
Autre activité au programme, un journée de trekking dans la forêt de nuages, véritable paradis de fougères géantes. Je m´attends à voir surgir à tout instant un tyrannosaure tant le paysage a des airs de Jurassique. 
Puis, je décide de remonter sur l´Altiplano et de rejoindre La Paz. Il n´y a pas de bus pour la capitale ici, il me faut donc d´abord descendre sur Santa Cruz, la deuxième plus grande ville du pays, située dans la plaine amazonienne. En compagnie des deux Israéliens et d´une Hollandaise rencontrés ici, nous prenons un taxi, seul moyen de transport à notre disposition.
2 euros chacun pour 3 heures de route, le trajet reste très bon marché ! Je prends place à l´avant et serre les fesses pendant 3 heures : route pourrie, dépassements à l´aveugle, ânes et vaches à profusion !

Santa Cruz : cette ville champignon sans intérêt majeur ne sera l´objet que d´une nuit de repos. Gros village il y a encore à peine 50 ans, c´est aujourd´hui une ville de plus de 1 million d´habitants, véritable capitale économique du pays. Il y fait une chaleur étouffante et la ville a des allures de far west bsilien.
allo Coco ?Je décide de me faire ici ma première crise d´allergie en Amérique Latine. Un grain de sésame a dû se perdre dans mon assiette alors que je dîne avec mes compagnons de voyage dans un resto du centre-ville.
Pressé de rejoindre l´hôtel pour prendre mes médocs, je quitte mes compagnons en plein repas et je pars seul. Préoccupé par la montée de ma crise, je finis par me perdre. C'est alors un grand moment de solitude, seul en pleine nuit dans cette ville de far West. 
Je croise bien quelques personnages louches mais je me dis qu´il vaut mieux éviter de leur demander quoi que ce soit. Je continue donc en feignant de connaître mon chemin. Plus loin, je croise un vieux clochard. A moitié sourd, il croit comprendre que je cherche une église. Las de lui hurler le nom de ma rue, je décide de me débrouiller seul et finirai enfin par trouver le chemin de mon hôtel.

Le lendemain, alors que nous partons à la recherche d´infos sur les bus en direction de La Paz, nous apprenons que la route est bloquée après Cochabamba. Aucun bus, camion ou voiture ne passe depuis une semaine. Les grèves et les blocages de route sont visiblement monnaie courante en Bolivie, notamment depuis quelques temps alors qu'un bras de fer s'est engagé entre les provinces sécessionnistes des plaines et le gouvernement d'Evo Morales. 
Nous prenons donc place à bord d´un bus pour Cochabamba, à 10 heures de route d´ici. Nous verrons sur place pour trouver une solution.
Arrivée au petit matin à Cochabamba. Nous sommes chanceux, la situation s´est débloquée dans la nuit et le trafic reprend ! Une demi heure plus tard et nous voici à bord d´un autre bus pour 7 heures de voyage vers La Paz. Je décide de rester au moins 4 jours là-bas : je fais en effet une indigestion de bus.

la PazLa Paz : Spectaculaire capitale installée au fond d´une cuvette à 300 mètres sous le niveau de l´Altiplano. Etalée entre 3500 et 4000 mètres d´altitude, c´est la plus haute capitale du monde. 

Je resterai ici comme prévu 4 jours. Au menu : longues ballades urbaines, visite du musée de la Coca, marchés locaux, tissus, églises coloniales et fiestas.
bébé lamaLe marché le plus surprenant est sans doute celui des "sorcres". On y trouve toutes les poudres magiques, herbes médicinales et autres mixtures étranges. Les Indiens y viennent s´approvisionner en poudre de bec de toucan ou fœtus de lama. Ces derniers sont utilisés lors de la construction des maisons. En effet, pour s´attirer la protection de Pacha Mama, la déesse de la terre, la tradition veut que l´on enterre un bébé lama sous les fondations. Les Espagnols ont eut beau imposé leur religion, les vieilles croyances incas sont toujours vivaces.
      
La Coca :
Impossible de ne pas évoquer cette plante lorsque l´on voyage en Bolivie. Lacoca est ici ce que le vin est à la France. La seule différence c´est que l´on peut en consommer à longueur de journée sans être bourré. Elle est vendue dans des sachets de 1kg environ, sous forme de feuilles. 
marchande indienneLes Boliviens, notamment les Indiens, la consomment en permanence. Ils laissent une certaine quantité de feuilles macérer entre mâchoire et joue et y ajoutent un alcaloïde extrait soit de la banane, soit tout simplement du bicarbonate de soude. Cet adjuvant permet de libérer de manière plus efficace les principes actifs de la coca.
Les effets sont les suivants : meilleure oxygénation donc idéal pour combattre le mal de l´altitude, coupe faim et excitant pour lutter contre le sommeil. 

Le premier acheteur étranger de feuilles de coca est Coca-Cola qui l´utilise pour sa saveur (et non pas pour ses effets). Il existe bien sûr un autre marché de la coca, celui des narco trafiquants qui, dans le Nord du pays, broient les feuilles et font ensuite de savants mélanges avec des produits chimiques pour fabriquer la cocaïne consommée par les Occidentaux. On est bien loin ici de l´usage millénaire qui a cours en Bolivie.


Publié à 06:29, le 17/09/2008, Samaipata
Mots clefs : cocael Fuerte
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Bolivie, le Lac Titicaca, berceau du Soleil


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RENCONTRES              

     

Après La Paz, voici ma dernière étape en terre bolivienne. Je finis en beauté car le lac Titicaca s`avèrera être une véritable merveille. 
Un court trajet en bus de 4 heures me mène tout d`abord à Copacabana. En route, je fais la connaissance de Mark, un Anglais de retour de 2 ans de mission en Antarctique et qui a décidé de visiter un peu l`Amérique du Sud avant de rentrer en Angleterre.
orage sur le TiticacaArrivés sur place, nous partons à l`assaut de la colline qui surplombe la ville et de laquelle nous profitons d`un superbe panorama sur le Lac alors qu`arrive depuis la rive péruvienne un magnifique orage. L`atmosphère est particulière, presque mystique. Je comprends à cet instant pourquoi ce lac est le centre des religions indiennes et l`un des lieux les plus sacrés de la mythologie Inca. 
Le lendemain matin, nous prenons tous les deux un bateau pour l`Ile dSoleil. Nous voici bientôt sur l`île qui a vu naître le Soleil, la Lune ainsi que le premier empereur Inca.
 
table des sacrificesNous débutons notre visite par la partie nord de l`île et notamment la pierre sacrificielle - aux allures de site de pique-nique - mais dont l`usage était beaucoup plus sanglant. 7 tabourets de pierre l`entourent, non pas pour accueillir les 7 nains mais destinés aux 7 prêtres Incas qui présidaient aux cérémonies. 
Puis, je découvre la Pierre Originelle, celle dans laquelle le dieu créateur, Viracocha, a modelé le Soleil et la Lune et les a ensuite projetés dans le ciel pour éclairer les ténèbres qui régnaient jusqu`alors sur le monde. 
Tout près de là, un rocher en forme de puma abrite en son centre la marque laissée par la naissance du premier Inca et de sa sœur. Décidément, cette île est une véritable maternité !

Après avoir parcouru les ruines d`un temple tout proche, je tente d`apercevoir la Cité Perdue mais la marée haute empêche pour l`heure d`en voir les vestiges. Découverte il y a une quinzaine d`années, une ville sous marine s`étend en effet près de la côte, à 12 mètres de profondeur. Les plongeurs ont récemment remonté des masques en or et de nombreux objets qui ont permis de dater les vestiges à près de 3000 ans. Je reste rêveur et me dis que je ferais bien une plongée ici !
vue sur le lac TiticacaLe soleil - qui est né ici et tient à le faire savoir - est à son zénith et nous brûle littéralement la peau.
Nous sommes à 4000 mètres et la réverbération de l`eau ne fait qu`aggraver la finesse de l`atmosphère.
Crème solaire et lunettes en main, je lance un défi au dieu soleil et pars à l`assaut du chemin inca qui traverse l`ile du Nord au Sud. 
Mon ami anglais, à la peau plus blanche que le marbre,  rougit à vue d`œil.
Nous effectuerons une magnifique randonnée sur la crête de l`île, les deux versants se dérobant sous nos pieds de chaque côté du chemin. Le spectacle est splendide. En fin d`après midi, nous voici parvenus a Yumani, le village situé au sud de l`Ile. 

Peuplé d`Indiens Aymara, la tribu majoritaire autour du Lac, Yumani est aussi un excellent endroit pour passer une nuit. Nous nous installons donc dans une auberge puis partons chacun de notre coté explorer les alentours. Je passerai un long moment en compagnie d`un garçon à qui j`essaie d`apprendre désespérément comment faire une photo. Il n`obtiendra aucun cliché valable mais réussira par je ne sais quel miracle à modifier tous les paramètres de prise de vue de mon appareil... 
coucher de soleilPour finir dignement cette belle journée, je contemple le coucher du soleil depuis la terrasse de l`auberge où nous logeons. La tête pleine de belles images, il ne me reste plus qu`a dîner d`une truite succulente puisque c`est la spécialité du coin.
 
 
 
 
 
 

champs de quinoaLe lendemain, nous partons en direction de la pointe Sud de l'île, direction le Palais de l'Inca. Nous prenons sans doute un mauvais chemin car nous nous retrouvons rapidement au milieu de cultures en terrasse. Soucieux de ne pas démolir les cultures de nos amis aymaras, nous progressons à travers éboulis et landes sauvages. Comme hier, le spectacle est fantastique et je regrette presque de ne pas avoir prévu une deuxième nuit sur cette île magique.
Après deux heures de marche, nous parvenons au Palais de l`Inca. La construction est de dimensions modestes et servait sans doute de lieu de villégiature aux empereurs lorsqu`ils venaient en pèlerinage ici. Nous reprenons ensuite le chemin de Yumani pour découvrir l`escalier inca qui descend jusqu`au port où nous attend notre bateau. 

Mon séjour sur l île du Soleil s`achève déjà, demain je prends en effet le bus pour Puno au Pérou puis de là je descendrai sur Cusco. Nous sommes le 16 avril, ici s`achève donc le chapitre Bolivie. J`ai passé presque un mois dans ce pays, la Bolivie restera une de mes destinations majeures, cela ne fait aucun doute.


Publié à 05:33, le 17/09/2008, Lac Titicaca
Mots clefs : île du Soleilinca
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La Vallée Sacrée : c'est le Pérou !


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Je quitte Copacabana et la Bolivie un matin pluvieux. Une heure de bus à peine nous sépare de la frontière péruvienne. Je m'acquitte des formalités de douane puis traverse la frontière à pied pour retrouver mon bus au Pérou. Me voici donc dans un nouveau pays. 

fresque murale, CuscoLe Pérou est culturellement très proche de la Bolivie et je ne note pas de différence majeure lors de mes premières heures ici. Le Pérou est sans doute un peu plus riche que son voisin bolivien mais cela se joue à un poil de lama près. 
Cette journée de bus me semblera interminable. Un premier arrêt à Puno me permet d'aller acheter quelques tamales pour la route. Je dois changer ici de bus et prendre le Puno-Cusco. Il est midi, je parviendrai à destination à 20h. 

Entre deux siestes, je contemple le paysage par la fenêtre. Nous filons dans le creux d'une vallée d'altitude. Autour de nous s'élèvent les sommets enneigés des Andes, la vue est magnifique. Cette vision confirme mon souhait de partir en trekking autour de Cusco dans les prochains jours. 
Le voyage sera aussi ponctué de nombreux arrêts à l'occasion desquels des marchandes montent à bord pour vendre toutes sortes de choses à grignoter : glaces aux couleurs fluorescentes ou épis de mais grillés (dont elle font la promotion en hurlant choclo, le nom local de cette céréale). 
Plus original, deux femmes s'installent au milieu du bus pendant près d'une heure. A grands coups de hachoir, elles se mettent à découper des morceaux de viande qu'elles vendent à bord. Rapidement, une odeur de sang envahit le véhicule... Enfin, alors que notre périple touche à sa fin, deux Indiens se mettent à jouer de la guitare et à chanter. Bientôt, tous les passagers réclament de nouvelles chansons et le voyage se termine dans une ambiance de fête. 

plaza de ArmasMe voici donc parvenu à Cusco. Epuisé par la journée de bus, je me jette dans un taxi et lui demande de m'emmener à l'hôtel Ninos. Malgré la fatigue, je découvre émerveillé la Grande Place de Cusco - ou Plaza de Armas - et la splendeur de cette ville alors que l'ombre de la nuit tombe sur les toits de tuile des vieilles demeures coloniales.
J'ai décidé de terminer ici mon périple de trois mois en Amérique Latine. 
Je passerai trois nuits à Cusco même, le reste de mon séjour étant consacré au trekking dans les Andes et à la visite du Macchu Picchu. L'hôtel Ninos où je loge ici est d'un confort supérieur aux dortoirs où je dors habituellement : je me retrouve en effet dans une chambre individuelle avec un bon matelas, de vrais draps et une énorme couette pour me protéger des froides nuits cusquéennes. Bien sûr, le prix est plus élevé mais l'hôtel Ninos est géré par une association qui s'attache à sauver les enfants des rues.  Alors je me dis que je me fais un peu plaisir et qu'en même temps les quelques dollars supplémentaires seront utilisés pour une belle cause ! 

Le lendemain, je suis debout au chant du coq, excité comme un gosse d'être enfin dans cette ville qui me faisait rêver lorsque j'étais enfant. 

plaza de ArmasArmé d'un ticket me donnant accès à une multitude de musées et bâtiments, j'attaque donc un vrai marathon culturel. En hors d'œuvre, voici la Plaza de Armas, où ce jour-là défilent toutes les écoles de la ville. Uniformes et pas cadencé, j'imagine la réaction des lycéens français si l'Education Nationale leur demandait de défiler de la sorte ! 

Cette place aux dimensions imposantes est bordée d'édifices coloniaux et d'églises. Les deux plus remarquables sont la cathédrale et l'église de la Compagnie de Jésus (les Jésuites). 
Aux premiers temps de l'occupation espagnole, une rivalité opposait l'Evêque aux Jésuites. Chacun voulait que son église soit la plus belle de la cité. Lorsque l'Evêque s'aperçut que l'église bâtie par ses ennemis était en passe de surpasser en beauté sa cathédrale, il fit un gros caprice, se roula par terre et accessoirement informa le Vatican. Sommés de ne plus taquiner ce pauvre évêque, les Jésuites revirent leurs prétentions à la baisse. 
Mais le résultat est là : leur église est sans doute un peu moins imposante mais tout aussi belle que la cathédrale. 

Trois places constituent en fait le cœur de Cusco : la fameuse Plaza de Armas, la Plaza Regocios et la Plaza San Francisco. 
Au moment de la conquête, la capitalinca comptait 100 000 habitants et ces trois places n'en formaient qu'une, le Huacayapata, centre des grandes cérémonies annuelles où des dizaines de milliers de gens se rassemblaient pour assister aux festivités. Impressionnés par les dimensions de l'esplanade, les conquistadors décidèrent rapidement de la diviser en trois places car il était hors de question qu'il pût exister ici une place plus grande qu'à Madrid. L'Espagnol est décidément très susceptible. Le résultat est tout de même très sympathique et je prends plaisir à me promener entre ces trois places, sous les arcades des vieilles maisons espagnoles du seizième siècle. 

rues de CuscoBien sûr, je passerai quelques heures au musée Inca. Puis je me perds dans les ruelles de la vieille ville, entre murailles inca et édifices coloniaux. Cusco est un fabuleux mélange des architectures indiennes et européennes. Soucieux d'imposer rapidement leur domination, les Espagnols ont bâti une nouvelle ville, effaçant souvent les bâtiments incas, telle la Cathédrale construite sur les fondations du Palais de l'Empereur, les réutilisant parfois en partie. Plusieurs rues sont ainsi bordées de murs extraordinaires où toute l'ingéniosité des architectes incas se lit dans l'agencement des fameuses pierres à dix, onze ou douze angles, et plus si affinités.
A l'époque de l'Empire Inca, le lieu le plus sacré de la capitale était le Korikancha - ou Temple du Soleil. Sans doute la construction la plus folle de l'histoire de l'humanité. Les écrits des premiers chroniqueurs européens transpirent d'émerveillement et de cupidité. Ce temple de 140 mètres de long sur 135 de large était entièrement recouvert d'or, d'argent et de pierres précieuses qui reflétaient la lumière du soleil et celle des torches la nuit. Ici vivaient 3000 femmes, épouses du Soleil. Choisies parmi les plus belles femmes de l'Empire, elles étaient un peu l'équivalent de nos religieuses (à la différence que nos religieuses ne sont pas choisies parmi les plus belles). Au pied des murailles s'étendait un vaste jardin d'or où arbres et animaux étaient entièrement faits de cette matière. 
mur incaBien entendu, les nouveaux occupants se chargèrent très vite de tout démolir pour fondre tout cela en lingots et l'envoyer en Europe. Sur les ruines du temple ils bâtirent ensuite un couvent. Une partie du Korikancha est toutefois encore visible à l'intérieur du couvent et même s'il a perdu la splendeur d'autrefois, j'avoue que la visite m'a beaucoup plu. 

C'est la tête pleine de toutes ces merveilles que je retrouve le soir mon ami Mark qui débarque à son tour à Cusco. Il a lui aussi très envie de partir en montagne. Le temps nous manque pour organiser un trek par nous mêmes, nous décidons donc de nous joindre à un groupe déjà programmé pour le surlendemain. Nous partirons donc cinq jours dans le massif du Salkantay pour redescendre ensuite sur le Machu Picchu, feu d'artifice final de mon séjour au Pérou. 

porte SacsayamanLe lendemain, après avoir loué un duvet de haute montagne et acheté quelques bricoles nécessaires à notre "expédition", je convaincs Mark de m'accompagner pour le chapitre 2 de mon marathon culturel. Au programme : visite de Sacsayaman, la forteresse inca qui domine Cusco. La ville avait été dessinée en forme de puma et Sacsayaman en était la tête. Des blocs de pierre de plusieurs tonnes nous dominent alors que nous nous promenons le long des murailles. L'endroit est bien sûr très touristique mais cela n'enlève rien à la majesté des lieux. Puis, en guise d'entraînement au trek, nous partons à la recherche des innombrables temples qui se cachent dans les montagnes autour de Cusco. Nous passons ainsi une demi-journée à randonner de temple en temple. 

Dans l'un d'entre eux, alors que nous progressons à l'intérieur d'une galerie, nous faisons la rencontre d'un jeune Indien. Il commence à m'expliquer quelques éléments sur le site et je me dis qu'il cherche à gagner quelques Soles (monnaie péruvienne). Finalement le personnage est intéressant et nous le laissons nous guider dans le temple presque désert. Il nous indique alors des détails que nous n'aurions jamais remarqués. Ici l'emplacement dans lequel les rayons du soleil viendront frapper à chaque solstice d'été, là le trône usé par les siècles où s'asseyait le Grand Prêtre. Peu à peu, il devient plus bavard sur lui même et nous explique qu'il est fils de chaman, lui même en apprentissage. Il vit dans un village près d'ici où les traditions incas sont encore très vivantes et où les touristes ne sont pas forcément les bienvenus... surtout les Espagnols pour ce qu'ils ont fait subir aux Indiens. Enfin, il nous propose de tenter une expérience de communication par la pensée. Je me retrouve donc assis sur le trône de pierre alors que mon ami anglais chevauche une pierre sacrée à quelques mètres de là. Nous fermons les yeux. Bon, là je me dis qu'il va en profiter pour nous tirer nos appareils photo, sale déformation d'occidental matérialiste. Mais après quelques minutes de concentration, rien ne se passe. Nos appareils photo sont toujours là et je n'ai reçu aucune information télépathique de la part de mon compère d'outre-Manche. Notre apprenti sorcier indien semble sincèrement désolé pour nous. "Vous êtes les enfants de la technologie", tel est son verdict. "Nous sommes les enfants de la nature, nous avons gardé ce contact avec la terre et les esprits que vous avez perdu". 
IndiennesIl est temps pour nous de partir. Notre jeune chaman donne à Marc un collier avec un talisman. En bon enfant de la technologie et du pognon, Marc lui tend un billet en échange. Mais le jeune sorcier refuse. Nous partons en le remerciant pour la minute mystique de la journée. Je suis à deux doigts de balancer mon appareil photo, de me mettre tout nu et de partir en courant dans la montagne à la recherche des esprits de la nature. Non, je plaisante, je vais pas balancer un appareil à 300 euros, faut pas exagérer ! 

Pour fêter notre appartenance au monde de la technologie, nous décidons ce soir de faire un dîner typique ! Nous nous régalerons ainsi de cuy... du cuy ? Une savoureuse spécialité locale que l'on appelle par chez nous le cochon d'Inde.



Publié à 06:05, le 16/09/2008, Cuzco
Mots clefs : SalkantaySacsayamanMachu Picchuincas
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Pérou, en marche vers le Machu Picchu


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Mark et Norberte
Cusco, 20 avril. Il est 5h du matin, je prends le bus pour Mollepata, point de départ du trek
Le responsable de l'agence de trekking nous avait assuré que nous ne serions pas plus de 5 ou 6 participants mais nous voici finalement 9 à cheminer en compagnie de Norberte, notre guide.
Mon compagnon rosbif et moi-même râlons un peu pour la forme mais la perspective de passer cinq jours en haute montagne nous fait vite oublier la taille du groupe.
Nous sommes les deux seuls à avoir déjà fait du trek et les seuls réellement acclimatés à l'altitude. Nous nous inquiétons un peu pour les touristes fraichement débarqués à 3000 mètres et qui vont devoir monter à près de 5000 aussi rapidement. Pourvu que l'aventure ne se transforme pas en galère. 
le SalkantayNorberte s'avère être un excellent guide. Très attentif, prudent et étonnant par sa connaissance des moindres plantes et animaux que nous croisons lors de l'ascension. 
Le groupe se révèle aussi très sympathique et multiculturel : Anglais, Argentins, Brésilien, Polonais, Américains, Gallois et le Français de service, ma pomme. 
Au final, tout le monde survivra au passage du col du Salkantay à 4600 mètres. Malgré des conditions météo exécrables les deux premiers jours, pluie et neige, nous aurons quelques belles échappées sur les glaciers et les sommets qui nous dominent de leurs 6000 mètres. 

terrasses Puis le soleil nous accompagnera pour la dernière partie du trek en direction du Machu Picchu. 
Je m'approche du point d'orgue de cette marche à travers les Andes. 
Nous progresserons au cœur d'une vallée luxuriante parsemée de quelques villages perdus où les habitants parlent encore majoritairement quechua, la langue des Incas. 
Le Machu Picchu se dévoile progressivement, nous sommes tous impatients de faire enfin sa découverte.
Il fait encore nuit lorsque je pars à l'assaut du Machu Picchu. Peu à peu, les premiers rayons du soleil viennent allumer d'une faible lueur les masses sombres des Andes. Et voilà que surgit la cité fantastique.


brumeAutour de moi se dressent une multitude de pics couverts de forêt couleur émeraude. Les nuages galopent sur les sommets et font de l'endroit un tableau en perpétuel mouvement. 
J'ai vu cet endroit sur mille photos et pourtant je reste sans voix devant le site. Comment des hommes ont-ils pu bâtir un tel prodige au sommet de ce pic vertigineux ? La civilisation inca ne cesse de m'étonner. 


le Machu Picchu
 
 
Machu Picchu signifie Vieille Montagne en quechua. Construit sans doute vers 1440, il s'agissait d'un complexe religieux où vivaient un millier de prêtres et d'agriculteurs. Sans doute un des sites majeurs de l'Empire Inca, l'endroit tomba dans l'oubli après l'invasion espagnole. 
Ce n'est qu'en 1911 qu'Iram Bingham redécouvrit les ruines envahies par la végétation tropicale. La nouvelle fit sensation et le Machu Picchu devint rapidement un des sites les plus célèbres du monde. 
Wayna Picchu
 
 
 
Dominant les ruines s'élève le Wayna Picchu, ou Montagne Jeune. C'est un excellent point de vue sur le Machu Picchu. Forts de nos 5 jours de marche, Marc et moi galopons sur le sentier escarpé qui mène au sommet du pic. En récompense : une vue à couper le souffle sur la merveille et les montagnes qui l'encadrent. 
Je finis donc mon périple en apothéose. Quelle belle conclusion pour ces 3 mois de ballade en Amérique Latine. 

Alors que le jour décline, je prends congé de mes amis et redescends dans la vallée pour sauter à bord d'un train qui doit me ramener à Cusco.
Demain, je serai à Lima. M'attendent ensuite quelques heures de vol vers la Colombie où je dois prendre un vol Air France pour Paris. La suite de mon voyage se déroulera de l'autre côté du globe, aux frontières de l'Asie et de l'Océanie, dans l'archipel infini des îles indonésiennes.


Publié à 05:38, le 16/09/2008,
Mots clefs : wayna picchuSalkantayMachu Picchuincas
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Malaisie, retour en Asie

    

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J'ai quitté Bangkok début février pour rejoindre mes amis guadeloupéens sur un beau voilier en route pour la Mer des Caraibes puis ce fut la découverte de l'Amerique Latine.

Me voici à présent de retour en Asie pour écrire les derniers chapitres de cette fantastique année de liberté. J'ai beaucoup hésité sur l'ultime destination : Colombie, Ethiopie, Madagascar, Mongolie, Luxembourg... Mais c'est finalement l'Indonésie qui constituera ma dernière destination avant le retour à la vie "normale".

Et là, vous vous dites, quel crétin ce Seb, pourquoi intituler son chapitre Malaisie s'il part en Indonésie ?

Et bien parce que, avant d'aborder les rivages indonésiens, je me fais une petite étape malaise, y a un malaise ?

       
Kuala Lumpur, 11 juin. Après 24 heures de voyage, via Helsinki et Bangkok, me voici dans la capitale de la Malaisie, courte escale sur le chemin qui doit me mener vers l'Indonésie. 
Un petit tour de bus m'emmène de l'aéroport à la gare centrale où je me fais embarquer par un taxi vers le quartier chinois. Epuisé et le cerveau en mode veille, je ne réalise pas que le chauffeur me prend pour un Américain, voire pour un jambon mais nous sommes en pays musulman alors le doute m'habite.  Pour 20 Ringgit, il me fait faire le tour du pâté de maison. J'ai à peine eu le temps de claquer ma portière qu'il me faut donc l'ouvrir de nouveau. Je remercie chaleureusement mon chauffeur pour sa vélocité et lui verse un généreux pourboire assorti d'une bordée d'insultes (barrer les mentions inutiles).  

Chinatown Inn Hotel. Je jette un œil à la chambre aveugle de cet hôtel borgne. Ca ira, je suis crevé et j'ai tout sauf envie de parcourir les rues de China Town en quête d'un autre hôtel. 12 heures de sommeil me tendent les bras, c'est fou ce que l'on dort bien dans une cellule sans fenêtres !  

centre ville de Kuala LumpurLe lendemain, frais et dispos, je me lance à la découverte de Kuala Lumpur. La capitale malaisienne est une cite plutôt moderne, hérissée de tours et de buildings. Ca respire la prospérité et les immeubles y poussent comme des champignons chinois. Le pays bénéficie en effet d'une économie plutôt vaillante : 8 % de croissance annuelle et 3,5 % de chômage. Les immigrés sont d'ailleurs nombreux ici : Chinois bien sûr mais aussi Indiens, Népalais, etc. 
Les principaux moteurs de croissance sont l'huile de palme et le pétrole. La Malaisie en est le premier producteur mondial. C'est la matière première essentielle de l'industrie alimentaire mondiale, vous savez la fameuse huile d'origine végétale que l'on voit fréquemment mentionnée sur les emballages de notre nourriture industrielle. 
Bref, la Malaisie, c'est des champs de palmiers à perte de vue. Super ! Se dit le touriste en short fraîchement débarqué de sa froide Europe. Mais le prix à payer pour ce paysage au final un peu monotone, c'est une forêt primaire qui rétrécit comme peau de chagrin. 

tours Petronas452 mètres de verre et de métal, une passerelle suspendue entre les deux tours, voici les Petronas. Le monument a de la gueule, c'est certain. "Ladies and gentlemen, cet ascenseur nous propulse actuellement à la vitesse d'un étage par seconde, nous parviendrons donc au 45ème étage en 45 secondes". Mes voisins d'ascenseur, un groupe de Chinois armés jusqu'aux dents d'appareils photo, sont aux anges. Comme tout bon Chinois qui se respecte, l'un d'entre eux se racle bruyamment la gorge, prêt à cracher. Quant à son voisin, il n'hésite pas à lâcher une belle caisse à la trentième seconde d'ascension, il me tarde d'être au sommet. Après les tours, je pars explorer le parc de Nanas Bukit, un hectare de jungle équatoriale perdu en pleine ville. 
Le soir même, je pars en train pour la côte, direction Penang, où je dois prendre le bateau qui m'emmènera en Indonésie.

 



Publié à 02:32, le 15/09/2008, Penang
Mots clefs : Petronaskuala lumpur
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Sumatra, émotions et terreurs primitives

 

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carte Indonésie
17 500 îles dont 7800 seulement portent un nom. L'Indonésie est un pont entre l'Asie et l'Australie, un chapelet d'îles dont les noms résonnent comme d'exotiques terres lointaines : Bornéo, Sumatra, Java, Sumbawa, Komodo, Papouasie...
C'est aussi une nature violente et sauvage, volcans colériques et forêts vierges que la déforestation galopante menace. Cà et là, des tribus vivent encore à l'âge de pierre, certaines refusant tout contact avec le monde civilisé, d'autres n'ayant pas encore été découvertes, notamment en Papouasie.
Le pays possède par ailleurs une faune extraordinaire : tigres et rhinocéros de Sumatra, éléphants sauvages, dragons de Komodo, oiseaux de Paradis et bien entendu, le célèbre orang-outan. 

C'est en bateau que je traverse le détroit de Malacca depuis la Malaisie. Après Kuala Lumpur et une nuit de train, j'avais en effet gagné la côte à Penang. Là, j'embarque pour 6 heures de navigation en direction de Medan, sur la côte nord de Sumatra. 
Malacca est un des détroits les plus fréquentés au monde, des centaines de cargos, méthaniers ou pétroliers empruntent ce bras de mer, passage essentiel sur la route depuis la Chine ou le Japon vers l'Inde, le Moyen Orient et l'Europe. C'est aussi l'un des détroits les plus dangereux de la planète en terme de piraterie. Je sais que nous ne risquons rien car les pirates n'attaquent que les cargos ou les yachts. Un vieux ferry rouillé plein de Malais et d'Indonésiens comme le mien ne les intéresse pas. 

Voici qu'apparaissent les côtes de Sumatra, une ile continent, presque la taille de la France et 40 millions d'habitants. 
Après une nuit à Medan, ville bruyante de 2 millions d'habitants, où je ne croiserai aucun Européen, je décide de prendre un bus pour Bukit Lawang, un village situé à la lisière du Parc National de Gunung Leuser. 
Couvrant près d'un million d'hectares de forêt équatoriale, il s'agit d'une des réserves de biosphère les plus sauvages de la planète. C'est aussi l'un des deux derniers endroits au monde, avec Bornéo, ou vivent encore les orangs-outans dans leur milieu naturel. 

orang outanBukit Lawang héberge un centre de réadaptation pour les orangs outans. En effet, de riches crétins trouvent les petits orangs outans si attendrissants qu'ils entretiennent un sinistre braconnage. Régulièrement, des mères sontabattues et leur petits vendus illégalement. Lorsque l'on parvient à les récupérer, ils sont envoyés dans ce type d'endroit où on leur enseigne les bases de la survie en forêt. Quand ils sont considérés comme autonomes, ils sont alors relâchés dans la forêt voisine.
Il ne reste aujourd'hui que 6000 de ces primates sur Sumatra. Les scientifiques évaluent qu'au rythme actuel de déforestation (80 % de leur habitat détruit depuis 20 ans), l'espèce aura totalement disparu d'ici 15 ans.
Je pars donc à la recherche de nos cousins des forêts en sursis (orang-outan signifie homme des forêts en indonésien, je suis pour ma part un orang-prancis ici, à savoir un homme de France).
Parc national de Gunung Leuser, 17 juin. Perdus dans la jungle.
Autour de nous résonne la formidable cacophonie de la forêt. Insectes, oiseaux et singes composent une symphonie sauvage alors que nous nous frayons un chemin à travers l'épaisse végétation. La forêt équatoriale est d'une densité incroyable et chaque plante lutte pour atteindre la canopée, pour atteindre la lumière, donc la vie. Chacune a sa propre stratégie : croître le plus rapidement possible comme le bambou, être le plus grand et le plus fort ou encore étrangler son voisin comme la liane. C'est une lutte à mort qui se déroule autour de nous, sur un rythme si lent qu'elle nous échappe. 

Accompagné de Bobi, le guide et de quatre autres randonneurs, dont Ed Et Dan, deux Anglais, je vais à la rencontre de mon premier orang-outan. Il s'agit d'une femelle issue du centre de réadaptation. Son retour à la vie sauvage est un succès car elle transporte un bébé dans ses bras. Habituée à la présence humaine, elle se laisse observer facilement et fait preuve de beaucoup de curiosité à notre égard. 
Plus loin, nous tombons sur un mâle dominant. Il est assis sur une plateforme de branchages qu'il a lui-même confectionné. Derrière lui, perchée sur un autre arbre, nous devinons une femelle et son petit. Ils sont tous totalement sauvages et Bobi nous demande de ne pas trop nous approcher. 
Mais après quelques minutes, le mâle décide que nous sommes sans doute restés trop longtemps dans les parages et que nous constituons une quelconque menace. Il se dresse alors sur sa branche et se met à descendre rapidement en notre direction. ''Run, run !'', "Courez, courez !" Notre guide nous hurle de décamper. N'écoutant que mon courage, je pars en courant, une peur animale au ventre. Derrière moi, l'orang-outan s'est arrêté, visiblement satisfait de l'effet produit sur ces étranges singes costumés venus le déranger. 

juniLe soir vient et nous nous installons au bord d'une rivière pour camper. C'est là que nous rencontrons Juni, une jeune femelle de 6 ans particulièrement curieuse et douce. Nous tombons tous littéralement sous son charme. Quelle séductrice cette Juni ! 
Apres un savoureux curry de poulet et quelques fruits de la passion, nous nous glissons dans nos sacs de couchage. Abrité sous une hutte, je m'endors, bercé par les bruits de la forêt. 

Le lendemain matin, nous marchons dans une forêt de plus en plus dense lorsque nous parvenons au sommet d'une colline d'où part un vague sentier en direction de la rivière principale. C'est au bord de cette rivière que nous devons camper ce soir et là que doivent nous rejoindre des amis de Bobi, chargés d'apporter nourriture et  provisions d'eau.
Mais nous ne prenons pas le sentier classique et empruntons un soi-disant raccourci. Nous voici donc partis pour 3 heures de marche à travers la forêt. Nous sommes à présent très loin du village et la jungle se fait plus hostile. Nous progressons de colline en colline. Il faut à chaque fois descendre le long de pentes glissantes et grimper aussitôt des côtes à se briser les mollets, tout cela dans une chaleur infernale. Fermez votre salle de bains, mettez le chauffage à fond et faites couler un bain très chaud. Vous aurez alors une idée du degré d'humidité de l'endroit.
les 24 heures les plus terrifiantes de mon existence...
pause déjeuner
Il est environ 14 heures lorsque Bobi nous annonce que nous faisons fausse route et qu'il vaut mieux rebrousser chemin et retourner la où nous étions 3 heures plus tôt, là où part le sentier classique vers la rivière. Nous râlons un peu mais nous n'avons pas le choix. Commencent alors d'interminables cercles de colline en colline, à la recherche du fameux sentier. Nous tournons en rond, cela devient de plus en plus évident.
Je lis avec inquiétude un début de panique dans les yeux du guide. S'il panique, c'est que nous sommes vraiment dans la merde. 
Soudain, nous percevons le bruit étouffé d'une rivière. L'espoir renaît, peut-être s'agit-il de la rivière principale. Nous demandons alors à Bobi de cesser de persister à trouver sa foutue colline et de descendre dans le fond de la jungle pour trouver le cours d'eau.
L'orientation dans la jungle est impossible. Un mur végétal nous entoure et nous progressons à coups de machette. Il n'y a pas plus de visibilité au-dessus de nos têtes, le ciel reste invisible sous l'épaisseur du feuillage. C'est donc à l'ouïe que nous nous dirigeons vers la rivière.
 
Après de nombreuses glissades incontrôlées, un peu de rappel à l'aide de lianes et quelques exclamations de douleur lorsque l'un d'entre nous pose par erreur sa main sur une branche hérissée d'épines, nous parvenons enfin tout au fond de la vallée.  
Le cours d'eau que nous découvrons n'est malheureusement pas celui que nous espérions. Il s'agit d'une petite rivière étroite et peu profonde qui se fraye un chemin dans une semi obscurité, entre deux à pics couverts d'une jungle épaisse. 
Nous décidons malgré tout de la suivre, espérant qu'elle se jette dans la rivière principale. Nous sommes tous épuisés et anxieux. Ce cours d'eau peut tout aussi bien nous emmener plus profondément encore dans la forêt vierge. Cette forêt fait 1 million d'hectares, je réalise que c'est plus grand qu'un département français. Je l'avoue, j'ai peur.

rivièreLa nuit approche et les chutes se font plus fréquentes. Je tombe à plusieurs reprises dans la rivière lorsqu'une liane cède ou qu'une branche se brise sous mon poids. Nous n'avons que deux torches, nous ne pouvons donc pas continuer dans l'obscurité. Aussi, malgré la volonté de Bobi de poursuivre malgré le danger, Ed et moi exigeons de faire halte au bord de la rivière et d'attendre le lendemain matin pour tenter de trouver une issue.  
Au menu ce soir : 3 biscuits chacun. Nous gardons quelques fruits pour le lendemain, il vaut mieux se rationner. Nous remplissons nos bouteilles d'une eau boueuse dans laquelle je jette quelques comprimés purificateurs que je trimballe au fond de mon sac. Nous parvenons, malgré l'humidité, à allumer un feu timide grâce à la sève d'un arbre que les tribus locales utilisent comme combustible.

La nuit est tombée, commence une longue attente. Les bruits de la forêt que je trouvais la veille extraordinaires me semblent désormais hostiles. Et ces grondements de tonnerre dans le lointain ne sont pas pour me rassurer. L'orage se rapproche et la foudre se met à tomber sur la vallée où nous sommes piégés. Notre plus grande inquiétude vient à présent de la rivière. Le ciel déverse des trombes d'eau sur la vallée et le niveau de l'eau monte à vue d'œil. C'est à présent un torrent en furie qui déboule devant nos yeux et menace notre campement de fortune. Nous évoquons la possibilité d'une vague soudaine car beaucoup d'arbres morts obstruent le lit en amont mais l'idée de fuir dans la jungle, en pleine nuit, nous convainc d'attendre encore.  
Finalement, alors que nous sommes sur le point de fuir. La pluie cesse aussi soudainement qu'elle a commencé. Après une heure de terreur sous un orage infernal, nous tentons à présent de trouver le sommeil. Je suis trempé jusqu'aux os et je grelotte de froid. A moitié couché dans la boue, blotti contre mes compagnons d'infortune, je ne parviens pas à dormir. 

Il doit être environ 1 h du matin lorsque j'entends un grondement. Je le signale à Bobi, recroquevillé près de moi. A l'aide d'une torche, nous scrutons les environs du campement. Nous pensons à un tigre mais c'est un ours qui tourne autour de nous. Très agressifs et potentiellement dangereux, les ours du coin ne sont pas des enfants de chœur. En toute urgence, nous ranimons le feu. Les flammes tiendront effectivement l'animal à distance et le voici qui disparaît bientôt dans l'obscurité de la jungle.

C'est épuisé et l'estomac tenaillé par la faim que je vois les premiers rayons de soleil crever le plafond végétal. Je suis retourné aux origines de l'humanité : à la merci de la nature. Nous marcherons encore toute la matinée avant de trouver enfin la grande rivière qui nous mènera au village. Les amis de Bobi nous y attendent, morts d'inquiétude et nous nous jetons sur le riz comme des affamés. Ils nous proposent de descendre la rivière sur un radeau de fortune et nous acceptons avec plaisir. Tout sauf marcher ! L'aventure se termine bien. J'ai sans doute vécu ici les émotions les plus intenses de mon existence. Emotions primitives ...
       
lac TobaMais Sumatra, ce n'est bien sûr pas que des jungles hostiles et des ours teigneux. C'est aussi une population incroyablement accueillante. Je ne compte plus les sourires, ils sont décidément trop nombreux par ici. Par ailleurs, l'île est immense et les régions à visiter innombrables et diverses. Je me concentrerai donc sur deux d'entre elles : le pays Batak, autour du lac Toba et le pays Minangkabau, sur la côte ouest, autour de Padang et Bukittinggi. 

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le tourisme est quasi inexistant ici. La plupart des touristes occidentaux se concentrent en effet sur la petite ile de Bali et accessoirement sur Lombok et Java. Quelques raisons à cela : tout d'abord, des conditions de voyage parfois difficiles qui peuvent rebuter certains voyageurs. D'autre part, une peur irrationnelle de l'intégrisme musulman et enfin une succession de catastrophes naturelles comme le Tsunami qui a fait ici 170000 morts et les séismes dévastateurs qui secouent l'île régulièrement.
Alors, s'il est certes agréable de croiser très peu de touristes, je suis triste aussi de voir ces hôtels vides et ces artisans privés de la manne touristique alors que d'autres îles indonésiennes comme Bali concentrent la majorité des visiteurs. Sumatra mérite mieux. 

totemEn pays Batak :
Apres mon trek épique, j'ai pris la route de Parapat, au bord du lac Toba. Arrivé trop tard, je passe une nuit sur place avant de prendre le premier ferry du matin pour l'ile de Samosir. Samosir, un petit paradis terrestre au beau milieu d'un lac volcanique.       
Les Bataks sont chrétiens - une anomalie dans un pays majoritairement musulman. Il y a peu encore, ils étaient connus comme de farouches guerriers cannibales. Mais la chair humaine ne figure aujourd'hui plus au menu, je m'aventure donc sans crainte chez eux.
Ils sont célèbres aussi pour leur architecture : ils bâtissent en effet de superbes maisons en bois sculpté. Et c'est dans l'une d'entre elles que je m'installe pour une semaine.  
Je passerai mes journées ici à marcher dans la campagne, faire du vélo et buller en contemplant les nuages glisser sur le lac. C'est un festival de "Hello Mister !" qui m'accompagne à chaque fois que je parcours les petites routes qui ondulent au milieu des rizières. 
Le dimanche, une armada d'écoliers débarque sur l'ile. Leur objectif : traquer l'Occidental - et nous sommes peu nombreux - pour pratiquer leur anglais scolaire. Je me retrouve ainsi assailli par des hordes de collégiens qui me demandent scolairement comment je m'appelle, d'où je viens, ce que je fais, etc. Apres avoir répondu la même chose à cinquante gamins différents et posé avec le même nombre pour une photo souvenir, je finis par courir me réfugier dans ma hutte Batak ! 
bemoSur la route - comme dirait l'ami Kerouac :  
Comme en Inde, l'aventure en Indonésie commence sur la route.
Je teste ici l'ensemble de moyens de locomotion : assis a l'arrière d'une moto, sans casque bien sûr, un sac à dos de 15 kg sur le dos, un autre sac à la main et un chauffeur qui fonce à tombeau ouvert sur une route défoncée. Moi qui ne suis pas fan des deux-roues, je suis servi. Il y a aussi le becak. Prenez une moto, fixez-y une sorte de side-car pour deux et vous obtiendrez un becak (prononcer betcha).            
Et puis, bien entendu, il y a le bus, parfois si rouillé que le plancher laisse entrevoir la route qui défile sous vos pieds. A bord, c'est le bonheur ! A moins de mesurer 1m50, hors de question de loger vos jambes. Tout le monde fume à qui mieux mieux et le chauffeur a des tendances suicidaires. Il semble en effet en permanence tenter de percuter les véhicules qui viennent en sens inverse. 
Le plus bel exemple de voyage reste sans doute la traversée de l'île d'Est en Ouest : en moyenne 30 heures sur ce qu'ils appellent ici une autoroute. Au mieux, en France, on appellerait cela un chemin forestier. 
Des virages à l'infini, des nids de poule à gogo, des éboulements, des tremblements de terre et bien sûr tous nos sympathiques amis qui clopent comme des furieux. Ce qui devait arriver arrive, c'est la fête de la gerbe à bord : tout le monde vomit.

Le mandi : 
mandiOubliez la douche et la baignoire, ici, c'est mandi ! 
Le principe est simple. A proximité immédiate des toilettes (le plus souvent à la turque), le mandi est une sorte de baignoire toute en hauteur. 
La première idée qui traverse l'esprit du touriste que je suis est de tenter de s'y glisser. Mais alors, on réalise très vite qu'il est impossible de s'y asseoir et que l'eau ne vient que jusqu'à hauteur des cuisses. 
Blasphème ! On ne pénètre jamais dans un mandi ! 
Au lieu de cela, il convient de le remplir d'eau, froide bien sûr puis de saisir l'espèce de casserole en plastique et de s'asperger joyeusement le corps en criant mandi ! Bon, on peut aussi le faire sans crier.  

Preuve du formidable sens de l'économie des Indonésiens, on utilisera aussi le mandi pour noyer ses déjections après la petite ou la grosse commission. Les toilettes, turques ou pas turques, n'étant en effet jamais munies de chasse d'eau. 

rafflesiaMinangkabau, le MLF avant l'heure :
J'ai eu du mal à quitter mon petit paradis sur l'île de Samosir mais une autre région de Sumatra me tendait les bras. C'est donc vers la côte ouest que je me dirige à présent. 
Voici tout d'abord Padang, puis Bukittinggi où je retrouve Simon, un Anglais rencontré en pays Batak ainsi que Claire, une Française et Jan, un Tchèque. Je passerai 5 jours en leur compagnie.
Au menu ici : ballades dans les rizières, randonnées dans la jungle à la recherche de la plus grande fleur du monde, une soirée danses traditionnelles, une invitation à un mariage local et pour conclure, un coup de foudre qui se confirme pour cette île. Sumatra me bluffe par la beauté de ses paysages et la chaleur de ses habitants.                 

maison minangkabauVoici donc les Minangkabau. Comme les Bataks, ils sont de talentueux bâtisseurs. Les toits de leurs maisons s'élancent ainsi vers le ciel en de longues pointes qui symbolisent les cornes debuffle.  
A la différence des Bataks toutefois, les Minangkabau sont musulmans. Cela ne les a malgré tout pas empêché de conserver leur organisation traditionnelle : il s'agit en effet d'une société matrilinéaire. Seules les femmes possèdent maisons et terres et le chef de la communauté est la femme la plus âgée. Autre exemple, les hommes changent de nom lorsqu'ils se marient, les femmes non. 
En résumé, voici une belle illustration que l'Islam ne rime pas forcément avec soumission des femmes. En tant qu'homme, je ne la ramène donc pas trop et me contente de goûter à la plénitude des paysages où la lumière du soleil vient danser dans l'émeraude des rizières.  

vallée d'HarauMes deux dernières journées à Sumatra seront consacrées à la vallée d'Harau. Paradis perdu, cerclé de hautes falaises serties de jungles où pullulent gibbons et autres macaques. Dans cet écrin s'épanouit une étroite plaine fertile parsemée de silhouettes couronnées de chapeaux coniques. 
     
Harassant travail que celui de la culture du riz. Mais les villageois ne manquent malgré tout jamais l'occasion de lever la tête à mon approche. Ils m'adressent alors leur plus beau sourire et me font presque regretter de devoir bientôt quitter cette île pour Java, la voisine, cœur politique de l'archipel.


Publié à 02:54, le 13/09/2008, Bukittinggi
Mots clefs : lac Tobabataksorang outansgunung leuser
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Indonésie, la Javanaise

 

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RENCONTRES              

     


 

<- Sumatra, émotions et terreurs primitives
Bali, Lombok, Florès, poussières de rêve sur l'océan ->

 

PrambananJava, posée sur l’océan, entre Sumatra et Bali, est la plus peuplée des îles de l’archipel indonésien. C’est ici que bat le cœur du pays, ici que se prennent les décisions et qu’éclatent les révolutions.
Je commencerai mon périple par Jakarta, la capitale, tentaculaire cité où règne une éprouvante chaleur humide mêlée de pollution. 
C'est un choc de me retrouver ici après la sérénité de la Vallée d'Harau. Jakarta est une mégalopole bruyante où les Indonésiens affluent depuis les coins les plus reculés de l'archipel dans l'espoir de faire fortune. Tous les espoirs et les désespoirs se télescopent dans un vacarme incessant. 
 
 

Ici se mêle l'Indonésie éternelle et le meilleur et le pire de l'Occident : centre commerciaux au luxe obscène et vendeurs de poulet en haillons, Mercedes rutilantes et motos épuisées que chevauchent des familles entières, hommes d'affaires pressés et putes alanguies. 
monasLa ville bruisse et s'étale depuis son centre historique, ancien quartier colonial où survivent çà et là quelques vieilles demeures hollandaises. Plantée en plein cœur de Jakarta, une colonne de béton se dresse vers le ciel, symbole de l'Indépendance du pays après le départ des Néerlandais en 1947. Cette tour est le dernier cadeau à la nation de Soekarno, le père de l'Indépendance. Officiellement baptisé Monas, ce monument est malicieusement surnommé "la dernière érection de Soekarno". 
Je me suis installé dans un petit hôtel miteux, en plein centre. Mes journées ici seront ponctuées de visites dans les différents musées de la ville, découragé par la file d'attente, je ne pénétrerai toutefois pas dans l'antre du dernier rêve de Soekarno. 
Près de là, s'élève la plus grande mosquée d'Asie, énorme bâtiment moderne sans charme où affluent des milliers de croyants. En tant qu'infidèle je ne suis pas autorisé à y entrer. Je me dirige alors vers la cathédrale, bel édifice bâti par les colons hollandais au XVIII ème siècle. L'église est pleine à craquer, on célèbre en effet la messe. Les rites sont les mêmes qu'en France mais le prêtre fait son sermon en indonésien bien sûr. Posté en  retrait, près de la porte, je suis malgré tout repéré et sollicité pour la quête. Un petit billet de mille roupies pour monsieur le curé et je sors dans la chaleur moite de l'après-midi. 

Le soir, alors que la température se fait plus supportable, je déambule dans les ruelles du quartier de Jalan Jaksa. C'est un mélange du Jakarta d'autrefois avec maisons basses, jardins et arrière-cours ou jouent les enfants et du Jakarta de demain avec buildings de verre et expatriés en vadrouille.
Attablé devant une Bintang bien fraîche, la bière numéro 1 en Indonésie, je me fais aborder par la "faune" locale. Jakarta est considérée comme la ville des péchés et les personnages qui viennent discuter avec moi en sont une bonne illustration : homos en quête d'une soirée avec un petit blanc, Indonésiens écs et prostituées. Je finis mon verre et salue tout ce petit monde, direction mon lit car je me lève tôt le lendemain. Je dois être à la gare à 6h du matin pour tenter d'acheter un billet de train pour Yogyakarta.

YogyakartaYogyakarta, 8 juillet.
Après une journée de train à travers la campagne javanaise, je découvre Yogyakarta (prononcer Djogjakarta ou Djogja pour les intimes).  Ancienne capitale royale. Yogya est une des rares villes indonésiennes qui soit encore aujourd'hui dirigée par un Sultan. La cité est beaucoup plus petite que Jakarta. Son artère principale, Malioboro (rien a voir avec les cigarettes !), est flanquée de centaines d'échoppes où se vendent sarongs, batiks et autres t-shirts. Je visite le Kraton, le palais du Sultan. Il s'agit d'une véritable ville dans la ville mais dont la majeure partie reste inaccessible aux touristes. Tout près de là s'élève le château d'eau où les Sultans d'autrefois s'étaient fait construire d'élégantes piscines pour batifoler avec leurs épouses à l'abri des regards indiscrets. Suite à plusieurs séismes, l'endroit est malheureusement très endommagé.  
singe en cagePuis, je découvre le marché aux oiseaux. On y vend effectivement toutes sortes de volatiles mais aussi des lapins, des chiens et autres animaux domestiques. Plus étrange, les singes en cage et les chauve-souris. En ce qui concerne ces dernières, j'apprends qu'elles ne sont pour leur part pas vendues comme animaux de compagnie mais sont utilisées comme remède traditionnel pour combattre l'asthme.
Au rayon des étrangetés, je croise aussi des vendeurs de serpents, de criquets et de larves de fourmis, tout cela m'ouvre l'appétit !                 
Je me perds ensuite dans un labyrinthe d'étroites ruelles. Au détour de l'une d'elles, une femme m'aborde. Elle veut me faire visiter la vieille mosquée. Je la soupçonne de vouloir de l'argent et refuse en souriant. Elle insiste et me dit qu'elle n'a pas besoin de mon argent, qu'elle le fait pour son karma. La visite s'avérera finalement passionnante et ce petit bout de femme pleine d'énergie et d'humour me raccompagnera avec un grand sourire vers la sortie du labyrinthe. 

Comment ne pas aller a Borobudur lorsque l'on vient à Yogya ? Situé à 2 heures de bus, le temple de Borobudur est sans conteste le monument le plus célèbre d'Indonésie et un des plus beaux temples d'Asie du Sud Est.  
BorobudurBorobudur est un rêve de pierre bâti par les Empereurs javanais autour du 7ème siècle après JC, à une époque ou l’île était bouddhiste. Sur les flancs de cette pyramide en forme de lotus, 4 escaliers s’élancent vers le sommet à travers six niveaux de terrasses couvertes de pierres sculptées et de stupas. Borobudur attire bien entendu des centaines de visiteurs chaque jour, aussi je décide de dormir a proximité. Le soleil se lève à peine lorsque je découvre le site.  Deux moines bouddhistesrécitent des mantras au sommet, le soleil commence à réchauffer l’atmosphère et une brume se lève. Le moment est magique et je savoure la plénitude des lieux avant que ne surgissent les premiers bus de touristes.

coucher de soleil sur PrambananSitué aussi tout près de Yogyakarta, le temple de Prambanan est d'inspiration hindouiste. Moins connu que Borobudur, le site n'en reste pas moins tout aussi impressionnant. 
Malheureusement en partie détruit par le séisme de 2006, de nombreuses zones en sont désormais inaccessibles. Mais c'est un endroit idéal pour attendre le coucher de soleil et faire quelques photos alors que le ciel se teinte de couleurs sanglantes. 
10 juillet. Après la culture, la nature. Je quitte Yogya en bus, direction l'Est de Java avec pour objectif le volcan le plus sacré de Java, le Bromo. Je passerai la nuit en altitude, au pied du volcan. Il fait étrangement froid et je dois pour la première fois depuis longtemps sortir mon pull en polaire. Le lendemain, à 4h du matin, je pars pour le sommet.
 
volcans du  BromoJe suis surpris par la foule qui, comme moi, y attend le lever du soleil. Nous devons être une bonne centaine à guetter les premières lueurs. Du coup, cela manque un peu de magie. Mais le spectacle est tout de même fantastique. Devant moi s'étale un haut plateau volcanique, avec plusieurs cratères fumants de souffre. Au loin, le plus haut volcan expulse a intervalles réguliers de violents nuages de cendre. 
Ma dernière journée sur Java m'entraînera ensuite à travers les collines de l'Est. Je suis à bord du bus pour Denpasar. Bientôt, surgit l'océan. Il fait nuit alors que je monte à bord ferry. Au loin brillent les lumières de Bali, un autre chapitre peut commencer.

 



Publié à 04:37, le 11/09/2008, Yogyakarta
Mots clefs : kratonvolcan bromo
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Indonésie : Bali, Lombok, Florès, poussières de rêve sur l'océan

      
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RENCONTRES              

     
 
groupe de musiciens balinais12 juillet. Il est près de minuit lorsque j'aborde Bali, la belle, l'enfant gâtée de l'archipel indonésien. 
Contrairement à la majeure partie de l'archipel indonésien, Bali est une île hindouiste. La culture y est donc assez différente: les mosquées laissent place aux temples et le chant très (trop parfois) matinal du muezzin est ici remplacé par les offrandes aux dieux. Chaque matin, les Balinais disposent sur les seuils des maisons et des boutiques de petites barquettes en rotin tressé dans lesquelles ils placent fleurs, encens et biscuits. 

 
 
La culture balinaise est aussi célèbre pour ses aspects plus spectaculaires : danses et cérémonies. Ainsi, le kecak, un chœur d'une centaine d'hommes assis en cercle autour d'un feu. Seules les voix font office d'instrument et une transe s'empare d'eux lorsque s'élèvent à l'unisson les syllabes ke-cak. Soulignant le rythme primitif de leurs voix, les mains et les corps s'agitent de spasmes et miment des armées de singes et de serpents.  

Après un long voyage depuis Java en compagnie de 5 Hollandais, j'ai donc abordé Bali alors qu'il fait nuit. Craignant de ne pas trouver de chambre à cette heure aussi avancée, je me laisse convaincre par mes amis bataves que la meilleure solution est de partager un bemo (minibus locaux) pour Kuta où nous sommes sûrs de trouver un toit.  

Moi qui voulais éviter à tout prix cet endroit, voici que je débute mon séjour à Bali par le temple du tourisme de masse. Et je ne serai pas déçu ! Australiens bodybuildés et tatoués déambulent torse nu dans les rues où se pressent des boutiques de souvenirs par centaines, des discothèques bruyantes, des bars, des restaurants mexicains, italiens et des mac do à gogo. La journée, tout le monde surfe ou regarde les autres surfer. Le soir, tout le monde titube ou regarde les autres tituber.  

plage de Gilli AirJe m'enfuis rapidement et embarque sur un bateau pour Lombok. Là, un bus m'emmène vers un port de fortune où je prends place à bord d'une petite barque qui me conduit à GilliAir, un minuscule grain de sable posé sur l'océan. Là-bas, pas de voitures, pas de discothèques. Juste la vie indolente des habitants rythmée par les marées d'un océan aux eaux turquoises. J'ai peu de choses à raconter sur mon existence là-bas, si ce n'est de longues heures à contempler l'émeraude de la mer et le pourpre du ciel lorsque le soleil se noie sur l'horizon.

M'arrachant enfin à cette douce contemplation, je décide de tourner à nouveau mon regard vers Bali. J'éviterai soigneusement Kuta et me dirige directement vers le centre de l'île, à Ubud

crémationLes Balinais sont hindouistes comme je l'ai dit plus haut. Ils pratiquent donc la crémation. Et comme tous les jours ne sont pas favorables au voyage des âmes vers l'autre monde, ils respectent certaines dates pour cette cérémonie. C'est ainsi que des personnes décédées en avril ne feront l'objet de funérailles qu'en juillet. C'est à une de ces cérémonies que je vais assister : 80 corps seront brûlés aujourd'hui. 
La cérémonie débute tôt le matin. Toutes les familles sont rassemblées dans une enceinte. On prie, on fait des offrandes aux dieux, on joue de la musique, du gamelan - l'instrument traditionnel de Bali et Java. L'atmosphère est plutôt bon enfant voire presque joyeuse. On est loin de la tristesse qui entoure les funérailles chrétiennes. J'imagine que le fait que les disparus sont décédés depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois explique en partie cette sérénité. Autre raison à cela sans doute, les gens sont ici pour célébrer le passage vers un autre monde et faciliter le voyage de leurs proches pour une meilleure réincarnation. Tout est recommencement, ce n'est pas un adieu mais un au revoir qu'ils adressent ici.   

Après de longues heures de cérémonies, les "cercueils" sont portés depuis l'enceinte vers la lisière de la forêt sacrée. Les formes sont surprenantes : dragons, poissons et les couleurs lumineuses. Ils sont ensuite disposés sur des plateformes puis on découpe une ouverture dans leur dos afin d'y placer offrandes et restes humains (le plus souvent ossements pour ceux décédés depuis plusieurs mois).  

Vient enfin la phase ultime de la cérémonie : la crémation. A l'aide de bâtonnets d'encens, les familles embrasent les cercueils simultanément. Un brasier immense s'élève, 80 cercueils brûlent de concert et une fumée âcre envahit l'atmosphère et rend la respiration difficile. Le spectacle est réellement édifiant et même si je suffoque dans cette fournaise, mon regard reste captivé par ces flammes qui dévorent dragons, tissus, plateformes de bambou et ossements.  

rizieresUbud c'est aussi des paysages de rizières parmi les plus beaux d'Indonésie. Et si j'ai fait le plein de paysages agricoles à Sumatra et Java, je ne bouderai pas le plaisir de randonner parmi les terrasses cultivées qui abondent ici.  

Ces ballades sont aussi l'occasion de belles rencontres comme cette vieille Balinaise qui m'invite à partager quelques instants avec elle alors qu'elle fait ses offrandes à Ganesh, le dieu éléphant. 

Je séjournerai une petite dizaine de jours à Bali. Pas de longues journées de bus, pas de treks inconscients. Juste des cérémonies paisibles, des danses énigmatiques, des sourires chaleureux et des paysages somptueux. Bali n'est sans doute plus tout à fait le paradis, le tourisme y est en effet très présent, parfois de manière excessive. Mais le charme opère encore dès que l'on prend la peine de partir à la découverte du cœur de l'île et de son âme.
 
Les Iles de la SOnde
 
Voici le dernier chapitre de mon année de voyages. J'aborde ici les limites de l'Indonésie et de l'Asie : les îles de la Sonde ou NusaTenggara, ultime chapelet d'îles avant l'Australie. Une fin de voyage n'est jamais une perspective réjouissante mais je vivrai cette conclusion avec beaucoup plus de facilité grâce à la présence imprévue de mon ami Eric.
    
au sommet du RinjaniLa première des Nusa Tenggara, et sans doute l'une des plus connues, est Lombok. Séparée de Bali par un détroit que l’on franchit en 4 heures de navigation, l’île de Lombok est de taille similaire à sa célèbre voisine. A la différence de Bali toutefois, la population y est majoritairement musulmane. Autre élément de distinction, les touristes y sont beaucoup moins nombreux. Lombok, c’est un peu Bali il y a 30 ans. Les Sasaks, ou habitants de Lombok, sont par ailleurs beaucoup plus pauvres que leurs voisins hindouistes. 
Dressé sur la partie sud de Lombok, le Rinjani (Serge) est un géant de lave assoupi culminant à plus de 3700 mètres d’altitude.

Avec Eric, nous décidons de réaliser l’ascension jusqu’au bord du cratère, à 2600 mètres. Partis à 7h du matin en compagnie de Mants, notre guide, nous avalerons 2000 mètres de dénivelé en une journée.
mer de nuagesAux plantations de bananiers succèderont la jungle tropicale et les hurlements des singes noirs et des macaques. Puis, après une pause déjeuner bien méritée, nous progresserons rapidement dans une forêt de nuages où s’épanouissent mousses et fougères. Enfin, après avoir marché à travers une épaisse couche de nuages, nous débouchons en plein soleil sur des prairies d’altitude parsemées d’épineux. Sous nos pieds s’étale à présent une extraordinaire mer de nuages. Nous avons atteint le site où nous camperons ce soir.
Mais avant de nous glisser sous la tente, une dernière marche s’impose jusqu’au bord du cratère. Là nous attend un paysage magique : un lac volcanique emplit en effet l’ancien crare. Au milieu de ce lac se dresse un nouveau volcan dont la naissance date de 1997. Surplombant majestueusement le tout, le Rinjani dresse son arête sommitale sur un ciel laiteux.

à SumbawaEn bateau vers Flores :
Lorsque l’on navigue d’Ouest en Est, Lombok laisse place à Sumbawa puis aux îles de Komodo et Rinca et enfin à Flores. Notre périple en mer nous emmènera donc en trois jours de Lombok à Flores. En chemin, nous ferons halte dans un petit village de pêcheurs sur la côte nord de Sumbawa. Notre arrivée est un véritable événement : ils ne reçoivent visiblement la visite d’étrangers que très  rarement. Toute la population nous escorte alors que nous traversons le village. Les gens sortent de leurs maisons pour venir nous saluer. Les mères nous présentent leurs enfants et les écoliers se poussent du coude pour nous adresser quelques mots en anglais rudimentaire. Au centre du village, des habitants jouent au foot. Eric se joint à eux et un véritable public se masse pour voir celui qu'ils appellent Zidane.
Le soleil se couche sur l’horizon et donne à l’océan des couleurs de feu.
 
 
coucher de soleil sur SUmbawa
Il est temps pour nous de regagner notre bateau. 
Une nouvelle nuit de sommeil léger sur le pont nous attend avant d'accoster sur les rivages arides de Komodo. Notre présence ici est motivée par la présence du dragon. Il s’agit du plus grand lézard de la planète : 3 mètres de longueur et 200 kilos, ce monstre ne craint aucun prédateur. Il se nourrit aussi bien de buffles que des humains qui pourraient tomber sous ses dents. Je veille donc à ne pas perdre mon "ranger" des yeux. Mais son bâton de sourcier me semble bien modeste pour nous défendre contre une attaque.
 
 
dragon
C'est à la fin de la rando que nous finirons par voir enfin la bête, tout près du poste des rangers. Il s'agit vraisemblablement d'un individu très placide, sans doute une espèce de mascotte qu'ils réservent aux touristes si aucun de ses cousins sauvages n'a daigné montrer le bout de sa gueule.
Même si le bestiau est calme et visiblement habitué à la présence des humains, il n'en reste pas moins impressionnant. C'est un véritable monstre échappé du Jurassique qui lézarde au soleil.
 
labuan bajo
 
 
 
Notre dernière étape sera Flores. Nous y accostons au terme du troisième jour de navigation dans la splendide baie de Labuan Bajo, une communauté de pêcheurs installée dans un site qui ferait rêver plus d'un promoteur. Mais, hormis un hideux hôtel planqué dans un coin de la baie, rien ici n'est prévu pour accueillir les masses de touristes. Pourvu que ce petit paradis reste intact encore longtemps.

Dernière terre de rêve avant le retour en France, Gilli Trawangan. Nous y mènerons une existence très difficile entre poissons grillés, langoustes monstrueuses, cocktails, baignade, massages et farniente.    
 
Je songe au retour. Dans quelques jours je serai de nouveau en France. Une année de voyages s'achève. Je vais bientôt revenir à la "réalité", ou plutôt à une autre forme de réalité. Mais je reviens riche, non pas financièrement, ce serait trop beau. Je reviens riche de toutes ces rencontres, de ces sourires et ces destins croisés sous d'autres cieux, sur d'autres terres au cours de cette belle échappée sur la courbe de la planète.
 


Publié à 10:44, le 10/09/2008, Komodo
Mots clefs : dragonsGillirinjanicrémationsrizieres
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